Les chapitres généraux de l’ordre de St Benoit dans la province de Cologne-Trèves

URSMER BERLIERE – dans Bulletin de la commission royale d’histoire – 5e série – tome X – 1900

extraits

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L'abbaye de Saint-Jacques jouissait d'une excellente réputation : elle fut, dans la première moitié du XVe siècle, un foyer de réforme pour les abbayes de Saint-Laurent, de Florennes, et plus tard pour celles de Stavelot, de Gembloux, de Saint-Paul d'Utrecht; c'est aussi à Liége que l'abbé de Sainl-Mathias de Trèves demanda les moines nécessaires pour restaurer son abbaye et rédiger ses constitutions, qui servirent plus tard de base à celles de la célèbre congrégation de Bursfeld

Il fallut un nouvel ordre du Concile de Bàle pour rappeler aux abbés l'obligation de reprendre le cours ordinaire de leurs chapitres. Dès le 4 juillet 1434, le Concile nomma Jean de Rode, abbé de Saint-Mathias de Trèves, visiteur général de tous les monastères bénédictins de la province de Cologne-Trèves avec pouvoir de réformer.

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Le 12 février de l'année suivante,(1437) le Concile chargea les abbés de Saint-Mathias de Trèves, de Saint-Martin de Cologne, d'Hornbach et de Saint-Jacques de Liége, de convoquer le chapitre provincial à Saint-Pantaléon de Cologne pour le 21 avril 1453. Ils'y tint effectivement et l’on y décida que la prochaine réunion aurait lieu en 1440, à l'abbaye de Saint-Jacques, mais l'abbé de ce monastére, Roger de Bloemendael, bien qu'il fut partisan des mesures décrétées par le chapitre, ne crut pas pouvoir accepter la décision du chapitre sans avoir pris conseil de l'évèque de Liège.

 Berlière, Documents inédits.  L'abbé de Saint-Laurent de Liége, qui partageait la manière de voir de l'évêque, avait refusé de se rendre au chapitre, mais un religieux, D. Jean de Lairdieu, du consentement de dixde ses confrères, s'y rendit malgré la défense de. l'abbé. Celui-cidut envoyer son prieur pour y prendre sa défense personnelle, mais il fut condamné par l'abbé de Saint-Mathiias et obligé de lever toutes les peines portées contre D. Jean de Lairdieu, Jusqu'à l'arrivée des visiteurs nommés par le chapitre

Celui-ci, qui avait embrassé le parti d'Eugène IV, refusa d'accueillir les visiteurs étrangers nommés par le Concile et empècha les abbés liégeois de prendre part aux chapitres provinciaux. Il n'en fut pas de même dans les diocèses de Trèves, de Cologne et de Metz, où les évêques favorisaient les efforts du chapitre provincial et du Concile de Bàle.

Mis dans l'impossibilité de se réunir à Liége, les abbés de la province tinrent, en 1440, leur chapitre à Saint-Maximin de Trèves.

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 En 1451 et 1452 le cardinal Nicolas de Cuse, qui avait reçu de Nicolas V la mission de travailler à la réforme des églises et des monastères pendant sa légation en Allemagne, vint prêter son concours le plus actif à l'oeuvre commencée par le Concile de Bâle et poursuivie avec ardeur par l'abbé de Saint-Mathias de Trèves. On peut suivre son action en Hollande dans les monastères d'Utrecht, de Rijnsburg et d'Egmond, en Belgique à l'abbaye de Saint-Trond dont il fit la visite canonique, et pour laquelle il composa des statuts qu'il adressa de Liège le 16 octobre 1451.

Le texte deces statuts, qui se trouve dans le Codex 288 de la bibliothèque de l'Université de Liège, a été publié dans la Revue bénédictine, 1897, pp. 378-380.

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Celle de mai 1474 se tint à Saint-Pantaléon de Cologne sous la présidence des abbés Adam de Saint-Martin, Henri de Liesborn, Ulric de Saint-Avold, Jacques d'Oostbroek. On y désigna comme visiteurs pour le diocèse de Liége, les abbés de Saint-Martin de Cologne et de Brauweiler; toutefois Stavelot, Saint-Hubert et Brogne pouvaient ètre visités par l'abbé de Saint-Jacques de Liège ; Saint Jacques, Saint-Laurent de Liége et Gembloux par celui de Florennes; Saint-Trond, Waulsort et Vlierbeek par celui de Saint-Laurent de Liége; Florennes par celui de Stavelot. Les abbés du diocèse de Liége ne parurent point à ce chapitre, de même qu'ils s'étaient tous abstenus de se rendre au précédent; de ce chef ils avaient été condamnés à payer une somme double de la taxe ordinaire, suivant les dispositions de la bulle de Benoît Xll. Les abbés en référèrent à l'évêque, qui avait été mis au courant de l'affaire par l'abbé de Saint-Martin de Cologne. Louis de Bourbon les convoqua à Liége pour le 18 avril. Tous se rendirent à cet appel, sauf l'abbé de Vlierbeek, et prirent leur repas à l'abbaye de Saint-Laurent. On y discuta la conduite à tenir vis-à-vis des autorités du chapitre provincial. La majeure partie des abbés se déclarait prête à subir la visite et la correction de l'évêque de Liége. Ceux de Saint-Laurent et de Florennes ne voyaient aucun inconvénient à envoyer des représentants au chapitre provincial et à payer leur quote-part dans les contributions ordinaires; quant à la question de la visite canonique, ils voulaient l'examiner plus à fond. Le chapitre provincial fut avisé de cette décision, et l'évêque prit des mesures pour faire entreprendre la visite des monastères de son diocèse en commençant par les abbayes de Saint-Jacques et de Saint-Laurent. Les présidents du chapitre de Cologne-Trèves durent patienter, mais ils ne perdirent pas de vue cette affaire.

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La réunion, de 1480 (23-29 avril) se tint à Saint-Martin de Cologne. Cette fois on décida d'en finir avec la résistance des abbés liégeois ou de vaincre l'opposition de l'évèque diocésain. Les abbés Jean de Laach, président, et Adam Meier de Saint-Martin, procureur du chapitre, entrèrent en négociation avec l'abbé de Saint-Jacques, délégué des abbés liégeois. On stipula que ceux-ci seraient à l'avenir représentés aux chapitres provinciaux, mais seraient délégués pour la visite des monastères de leur pays. On leur promettait de ne jamais rien tenter pour les soumettre à l'union de Bursfeld et de les traiter avec égard en ce qui concernait les peines et les amendes encourues par eux. Cet accord signé à Cologne le 5 mai 1481 devait être ratifié par le prochain chapitre.

Il le fut effectivement, et, au chapitre tenu le 28 avril1482 à Saint-Mathias de Trèves, l'abbé dé Saint-Jacques comparut personnellement et comme procureur des abbés de Stavelot, de Saint-Hubert et de Saint-Trond ; l'abbé de Saint-Laurent envoya un de ses religieux, Amelius; l'abbé de Florennes comparut personnellement et comme procureur des abbés de Brogne et de Waulsort. Celui de Gembloux, Jean de Carrières, qui avait essayé de se soustraire à l'autorité du chapitre provincial, fuit frappé d'une sentence d'excommunication, qui fut lancée par l'abbé de Saint-Martin de Cologne et affichée à la porte du monastère de Saint-Jacques de Liège le 10 juin 1482

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A partir de cette époque,(1491) les documents se font plus rares sur les chapitres provinciaux de Cologne-Trèves; nous n'en trouvons plus guère que des mentions. Ils se tinrent en 1492 à Saint-Pantaléon de Cologne, sous la présidence de l'abbé de St-Martin, en 1494, en 1497 à Saint-Maximin, en 1499, en 1502 à Trèves, où l'abbé Servais Moens de Saint-Jacques de Liège fit le sermon réglementaire, en 1504 à Cologne, en 1509. Il parait même que pendant un certain temps le chapitre aurait été tenu annuellement. Nous voyons mentionner des réunions à Cologne en 1517 , à Saint-Martin de Cologne en 1518, à Saint-Mathias de Trèves en 1519, en 1520 à Saint-Mathias de Trèves où l'on institua des visiteurs pour le diocèse de Liège, en 1522 à Saint-Pantaléon de Cologne, en 1524 à Laach, en 1526 à Saint-Pantaléon, en 1533 à Laach. C'est la dernière mention que nous ayons rencontrée. Les troubles de la réforme protestante et surtout le fonctionnement régulier des chapitres annuels de la congrégation de Bursfeld, à laquelle étaient rattachés un bon nombre de monastères des provinces de Cologne et de Trèves, furent cause de l'interruption des chapitres provinciaux, lesquels d'ailleurs avaient déjà perdu une grande partie de leur ancienne influence ou de leur raison d'être. Les monastères liégeois s'étaient réformés peu à peu sous l'influence de celui de Saint-Jacques de Liège; restaurée par des moines de Saint-Jacques, l'abbaye de Florennes put à son tour donner des réformateurs à Saint-Gérard et à Hasnon. C'est de Saint-Jacques que partirent les réformateurs de Stavelot, de Gembloux, de Vlierbeek qui s'affilièrent plus tard à Bursfeld, de même que Saint-Trond réformé par Gembloux, de Saint-Laurent et de Saint-Hubert. Si les monastères liégeois n'arrivèrent pas à constituer une congrégation autonome, comme ils en avaient conçu le plan en 1572, la faute en fut à l'évèque de Liège, qui voulait garder tous ses droits de juridiction sur les monastères de son diocèse.

Document en pdf Berliere_Bursfeld