2 JUIN :S. ORÉMUS (Erasme)

En français : Erasme ou Elme. En wallon : Orémus, Arache et Rasse. -- Evêque et martyr en Campanie († vers 3o1).

S. Orémus est un nom fantaisiste. Il est probable que le peuple a pris pour le nom du saint exposé à sa vénération le mot latin  « Oremus » (prions) écrit à ses pieds en tête de quelque formule d'invocation. - Patron des femmes en couches. -- Honoré sous le nom de S. Orémus à la petite chapelle de Herstal, pour les convulsions infantiles. On y trouve des ex-voto caractéristiques ;

desbandes de nombril avec lesquelles les mères « fahent » (maillottent) le ventre de l'enfant.

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8 JUIN :St Medard

Évêque de Noyon et de Tournai († 545). - Patron de Jodoigne où il est prié pour les maladies mentales, pour le mal caduc et la réussite des abeilles. La procession sort le dimanche qui suit le 8 juin. -A Samart (Philippeville) a lieu, ce jour, une procession où l'on invoque le saint pour les affections qui ont leur siège dans la tête, telles que migraines et névralgies. Dans le petit sanctuaire pendent trois cercles de fer de dimensions différentes. Le pèlerin se coiffe du cercle à sa mesure, après quoi il va boire à la «Fontaine S.Médard » . C'est un prétexte à Kermesse.

A Rouveroy(Merbes-le-Chateau) se fait une « Marche S.Médard » encadrée par des cavaliers. Toutes les communes voisines s’y font représenter par des délégations. Il y a une distribution de miches.

SPOTS.

S. Médard, grand pissant, faites boire le pauvre comme le richard.

 Quand il pleut le jour de S.:Médard les blés s'en vont jusqu'à la faulx.

 S'il pleut à la S. Médard. la récolte diminue d'un quart.

S’il pleut à la S.Barnabé' elle diminue de moitié.

 Quand il pleut le jour de S. Médard, il pleuvra pendant quarante jours, mais la prédiction sera vaine s'il ne pleut pas le jour de la S. Barnabé.

 S. Médard grand pissart.

S. Barnabé lui casse le nez.

 Du jour de S. Médard en juin, le laboureur se donne soin

car les anciens disent, s'il pleut, que trente jours durant il pleut

et s'il fait beau sois tout certain, d'avoir abondamment du grain.

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11 JUIN :S. BARNABÉ

Premier évêque de Milan, et martyr († 62). Il intervient parfois pour «raccommoder » ce que S Médard a brisé. S'il ne pleut pas, la prédiction d'une quarantaine de pluie restera vaine. C'est ce que disent nos vieux spots:

 

S. Barnabé est là pour tout racheter.

 Quand il ne pleut pas à la S. Barnabé S. Médard à la pisse coupée.

 Barnabé reboutonne la culotte de S. Médard.

Cependant, si Barnabé est pluvieux, le désastre annoncé par

Médard n'en sera que plus grand

 A la S. Barnabé de Bouillon

s’il pleut à gros bouillon,

il pleuvra six semaines au long.

 S’il pleut à la S. Barnabé la récolte diminuera de moitié.

 Le jour qui est le plus long de tout l'été est celui où l'on fête Barnabé.

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13 JUIN  S. Antoine de Padoue

Religieux de l'ordre des Frères Mineurs († I231). - Patron des faïenciers et des porcelainiers, - des escarpes et des filles de joie (Liège), - protecteur des chevaux et des ânes (Spa).

Il fait retrouver les objets perdus ou volés. Avant de commencer à rechercher un objet perdu, tout bon Liégeois adresse une courte prière à S. Antoine. :

S. Antoine de Padoue renvoyez-moi ce que j'ai perdu.

 Messe d'onze heures, aux Mineurs, à Liège. - A Liège, en la paroissiale S. Antoine, jadis chapelle du Couvent des Frères Mineurs, se fait une messe étrange à laquelle se presse une foule hétéroclite et bigarrée. Les mères y apportent leurs petits enfants atteints de la coqueluche pour y prier S. Antoine dont on vénère les reliques à l'issue de l'office. Ce ne sont que quintes de toux pendant toute la messe. D'autre part les filles de joie, les pensionnaires des maisons closes dont les principales sont situées sur le territoire de la paroisse, les souteneurs aux costumes excentriques accourent vénérer S. Antoine pour s'assurer de plantureuses recettes au cours de la semaine. Les escarpes viennent de même pour que le Saint les autorise à conserver leur larcins. A l'issue de la messe, une petite foire s'improvise dans la courte mais large rue des Mineurs.

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24 JUIN S. Jean-Baptiste
A Liége, nous possédions jadis un temple sous ce vocable, en Féronstrée: « basti par Godefroid le changeur et consacré par Hugues de Pierpont, l’an 1203 »

Invoqué pour la peur (Court-sur-Heure, Montignies-sur-Sambre). A Liège, il était le patron du Bon Métier des Tanneurs, des Oiseliers, des Peaussiers, des Fourbisseurs et des Couteliers. -- A Verviers, patron des Teinturiers. A Roloux, (Hollogne-aux-Pierres) on le prie pour le mal de tête. - A Ste Croix, pour « l'eau dans la tête » ou hydrocéphalie; - pour la méningite et les «phtysiques » ; pour la santé des agneaux et contre la grêle (Spa).

 CULTE DU FEU

Comme à Noel, la S. Jean était la fête du Soleil et du Feu. D'après l'auteur du Calendrier romain, la fête de S. Jean fut substituée adroitement à celle de l'astre du jour, parce que Jean avait dit en parlantde Jésus : « Il faut qu'il croisse et que je dimi­nue ! » (Jean III 3o). Cette fois encore, c'est l'époque du solstice et le peuple va fêter le soleil. Cette préoccupation saute aux yeux de quiconque est attentif au mécanisme du calendrier populaire.

 Ce jour, les jeunes Ardennais laissaient descendre du sommet des collines dans la vallée, une roue de charrette emmaillotée de paille enflammée, symbole du soleil qui, dorénavant, va décroître jusqu'à la Noël. A cette époque, au contraire, les mêmes faisaient remonter la roue ardente sur la montagne. Cette coutume de la roue représentant le soleil est très ancienne. Thomas Neorgeorgius, moine anglais de la première moitié du XVIe siècle, fait mention de cette cérémonie. Il en était de même dans les Vosges (Dr FOURNIER. Vieilles coutumes des Vosges).  En Poitou, on promenait la roue enflammée à travers les champs, afin de les fertiliser. (GAIDOZ. Le Dieu gaulois du soleil, p, 20). - Cette coutume a pour but « d'aider le soleil à augmenter par l'exemple sa chaleur bienfaisante pour la moisson ».

 Ici nous trouvons une preuve directe de la substitution de la fête chrétienne à une fête païenne antérieure, c'est l'anathème que S: Eloi fulmine contre les jeunes filles qui conservent encore les anciennes traditions, les sauts par-dessus le foyer, les danses, etc.

 FEUX DE LA S. JEAN

Dans nos Ardennes wallonnes où, mieux que partout ailleurs, la tradition s'est conservée presque intacte, les jeunes gens allument de Grands Feux, aux sommets des collines, pour célébrer la renaissance du soleil. Au centre du foyer ils placent un balai symbolisant l'abominable sorcière et ils lancent dans le bûcher une couronne d'herbes de la S. Jean. Les jeunes filles vêtues de blanc comme l'étaient autrefois les vierges païennes, et nonobstant l'anathème de S. Eloi, organisent des rondes échevelées autour du foyer.

Quand le foyer est prêt à s'éteindre, les assistants sautent par-dessus les tisons rougeoyants afin d'être préservés de la colique. Les fermiers conduisent leurs bêtes à cornes au travers des cendres pour préserver le bétail de la météorisation. Les cendres recueillies précieusement sont un talisman contre la foudre.

 Il semble que nous puissions faire une distinction capitale entre le Feu de la S. Jean et le Feu de la Noël. Tandis que le feu de la Noël s'allume à minuit et que la nuit est magique, le feu de la S. Jean s'allume à midi et c'est cet instant qui bénit.

 Dans certaines localités ardennaises, on place des sièges auprès des Grands Feux pour permettre aux âmes des bons parents trépassés de venir s'y chauffer pendant la nuit.

Dans la même région, on jette dans le foyer, de jeunes chats symbolisant les makrales.

 LI TCHODIA (La Chaudière)

A Bois d'Haine {Seneffel on dresse un foyer au centre de la place publique, sous un arbre gigantesque, à la maîtresse branche duquel on suspend la crémaillère. Là, dans une immense chaudière, la jeunesse de l'endroit prépare « li trülèye » c'est-à-dire du bon lait bouilli avec des oeufs et de la « couke » (pain d'épices). Lorsque la trûlèye est cuite à point, on se rend en cortège au presbytère, où l'on offre le premier bol à M. le Curé, après quoi chacun fait ripaille.

SPOTS

A la S. Jean la pluie fait noisette pourrie(Entre Sambre et Meuse).

Nous retrouvons textuellement ce dicton en Anjou.

 A la S.Jean les fraises à cueillir (Nivelles)

 S. Médard noie, S. Jean ne fait que mouiller.

 Eau de la S. Jean ôte le vin et ne donne pas de pain.

 « Payer après la S. Jean » (Namur) équivaut à « Aux Calendes Grèques».

 C'est une mode d'après la S. Jean signifie c'est une chose démodée.

Les fillettes couronnées de fleurs de la S. Jean forment des cramignons et brans etparcourent les rues, en chantant

S. Jean et Ste Jeanne quéraient au chanvre

Jean fit un pet et Jeanne courut après

Jeanne tomba et Jean la ramassa.

 Herbes de la S. Jean

Ce sont particulièrement : le quinquefeuille, l'hécate et le trèfle d'eau. - Les marguerites vulgaires se nomment des « S. Dj'han ». Les jeunes Ardennaises en font des couronnes qu'elles lancent sur le toit en pente de la petite ferme. Autant de fois la couronne retombera avant de rester sur le chaume, autant d'années la commère devra attendre avant de convoler (Spa). - La verveine que l'on porte sur soi, préserve des hernies. - La fillette qui découvre un trèfle à quatre feuilles sera mariée dans l'année. - De même pour celle qui, d'un même endroit, apercevra sept grands feux. C'est ainsi que l'armoise cueillie ce jour, à midi, préserve de la foudre ; - que le chaume de seigle cueilli à la même heure sert à confectionner des sous-ventrières pour le bétail atteint de météorisation (Hermalle-sous-Huy).

 Le « Sedum purpurereum» s'appelle Herbe de S. Jean. Il guérit les brûlures, coupures et écorchures (Malonne). - La noix cueillie à la S. Jean et macérée dans le vinaigre guérit la colique (Hamoir).

Un brin d'armoise placé dans le soulier préserve le voyageur des fatigues de la route. - Les.messagers qui vont de village en village, la hotte au dos, par nos Ardennes, portent souvent encore la «JARRETIÈRE DU VOYAGEUR », c'est-à-dire une jarretière en peau de lièvre dans laquelle ils ont introduit un brin d'armoise séchée. C'est une très vieille coutume que nous retrouvons encore dans le folklore exotique.

La coutume de cueillir les Herbes de la S. Jean est très ancienne. Nous avons trouvé un sermon d'Otton, évêque de Verceil, qui vécut dans la première moitié du Xe siècle et qui condamne : « certaines femmes qui font des rondes, cueillent des herbes et les conservent par superstition

 CROYANCES

 Bêtes de S. Jean)

La coccinelle ou (bête à Bon Dieu) s'appelle selon des régions «Marguerite du Bon Dieu »; ou « bête de S. Jean ». Au demeurant, le peuple considère la coccinelle comme un peu sorcière. Qui la trouvera ce jour, sera exempt du mal de tête et du mal de dents pendant douze mois.

 On appelle « mouche de S. Jean », le ver luisant (luciole)Les vers luisants capturés cette nuit portent bonheur.

 Ce jour, il ne faut pas laisser couver les poules

 Comme S. Jean est représenté souvent dans l'iconographie chrétienne vêtu d'une peau de mouton, le peuple le croit berger. C'est le meilleur jour pour tondre les brebis.

 Les chats nés postérieurement au 24 juin, sont chétifs et frileux, c'est pourquoi l'on dit d'un homme qui possède ces deux défauts : «C'est un chat d'après la S. Jean ».

 Les oiseaux nés après la S. Jean ne seront jamais que de mauvais chanteurs (Marche).

 On dit que S. Jean était « crolé corne on mouton » (bouclé comme un mouton) ; et on le prie pour obtenir une chevelure bouclant naturellement. - C'est ce jour que, pour la première fois, on coupe les cheveux des petits enfants parce qu'ils recroîtront bouclés. (Namur).

 Eau de la S. Jean

A midi, ce jour, l'eau est bénite par le feu de midi, comme elle l'est, à la Noël, par l'étoile de minuit

Nous remarquerons aussi que les Arabes du bord de la mer pratiquent encore les baignades solsticiales.

A midi sonnant aux carillons de nos clochers, les mères plongent leurs enfants dans la rivière. D'autres y puisent de l'eau. Qui la boira, sera préservé de la noyade pendant un an. A Ougrée (Liége), avant la baignade, les hommes plongent dans le fleuve une petite statuette de S.Jean. - A Namur, on croit que qui se lave les yeux avec l'eau de midi sera préservé de la cécité. Toutefois, il est dangereux de s'approcher de la rivière, car : «S. Jean ne s'en va jamais sans poisson », c'est-à-dire sans noyé. Le noyé qui porte le prénom de Jean-Baptiste, ne coulera pas à pic, mais flottera entre deux eaux.

Les trésors enfouis remontent à la surface du sol pendant cette nuit, mais quiconque les chercherait ne pourrait les découvrir. Il faut les trouver par hasard. Ils rentrent en terre, pour un an, dès l'aurore.

S'il pleut sur les feux de joie, les noisettes seront piquées des vers.

S'il n'y a pas de soleil, il y aura disette de fruit.