A l’occasion de la fête du 15 août, voici quelques extraits du calendrier populaire wallon de Rodolphe de Warsage.

 

NOTRU-DAME D'ÈMÉ D'AWOUSS
(N. D. de la Mi-Août)

Ste MARÈYE - Assomption

L'Assomption fut fixée au 15 Août parce que c'est l'instant où le soleil entre enfin dans le signe de la Vierge.

Il y a peu de familles wallonnes où il n'y ait une Marie à « buskintér » (fêter). C'est la fête la plus populaire de l'été et, dès le matin, on ne voit que bourgeois circulant, la traditionnelle « potéye » (plante empotée) sous le bras. - Les parents vont fleurir les tombes, au cimetière.

« C'è-st-ine »marèye » (c'est une Marie). - Se dit de l'homme qui est bavard comme une femme et qui, dans le ménage, s'occupe de choses qui sortent de sa compétence.

LIVRE DU TRÉPASSEMENT DE LA VIERGE

Tel était le titre d'une brochure fort répandue jadis dans la province de Liège et que vendaient des camelots hévurlins. Elle contenait des prières qui avaient la réputation de faciliter les accouchements à qui portait la brochure en scapulaire. Elle fut interdite dès 1818, à la requête du clergé.

PROCESSIONS

Partout, dans nos campagnes, les processions circulent, bénissant les récoltes.

         Jèbes di procesion (Herbes de procession)

Les crucifix champêtres sont couronnés de bluets, de coquelicots et de marguerites vulgaires. - Cette fois, l'herbe dominante est « l'såvadje mardjolinne » (sauvage marjolaine), appelée « Fleûr di Notru-Dame ». - Les pervenches se nomment « Roses di Notru-Dame ».

A Ensival, les garçonnets se présentent à l'église pour y faire bénir de la menthe sauvage et du tanaisie. - Ces bouquets bénits sont brûlés ensuite comme préservatifs contre la foudre. - A Dalhem, c'est le Seneçon jacobée ou Herbe de S. Jacques qui jouit de la même propriété et que les enfants vendent à la sortie de l'église. A la grande procession quand les joncs faneront, il fera bon faner.

Les œufs pondus entre les Deux Notre-Dame (Assomption et Nativité, au 8 Septembre) se conservent sans se corrompre.

         PROCESSION DE LA DÉDICACE DE DINANT

Jadis, les reposoirs représentaientde rudimentaires ermitages tapissés de pampre et de lierre, entre les enrochements desquels évoluaient des poissons et où s'érigeaient les statues de S. Antoine, de Barbe Blanche, de S. Jean-Baptiste. Les métiers en armes encadraient le cortège dans lequel figuraient des tambourinaires et une cavalerie grotesque de « chevaux-jupons» en osier. Les Cavaliers caracolant, brandissaient des vessies de porc gonflées d'air. Enfin, on voyait les géants, des monstres divers, S. Michel, la roue de la Fortune et le cheval Bayard.

         PROCESSION DE POMMERŒUL

Le cortège partait de l'église paroissiale pour se rendre à celle de Villers. Les membres de la confrérie de S. Maurice, en uniforme, formaient un groupe représentant la fuite en Égypte ; et, sur un char, les jeunes gens de la localité représentaient la scène du miracle de la guérison de Georges Bastleur. Les confrères portaient chacun une baguette blanche. Cette procession fut supprimée en 1824.

 

MADONES POPULAIRES DE WALLONIE

N. D. DES AFFLIGÉS, à Villers-la-Ville. - Pèlerinage très fréquenté, prétexte à une foire très animée, le second dimanche de Mai.

N. D . D'ALSEMBERG, - pèlerinage au sanctuaire prétendument fondé par Ste Élisabeth.

N. D. D'ANGLEUR (Liége) - invoquée pour la guérison des maux de jambes.

N. D. L'AREDJE, priée à Jodoigne.-Elle se trouve dans un arbre au lieu-dit a Al tcTchapèle à l'âbe » (à la chapelle à l'arbre). Le nom au moins extraordinaire de cette Madone étonne les Wallons, car il semble signifier « ki arèdje » (qui enrage) alors que le vocable naquit de la question uniforme que lui posent les jeunes filles désireuses de trouver un mari. Elles lui demandent, pensant à leur amoureux : « a Notre-Darne, l'arè-dje ? » (N. D., l'aurai-je ?). - A cinq mètres de haut, les branches de l'arbre où se blottit la statuette, forment une sorte de niche naturelle dans laquelle les conscrits jettent de petits cailloux ronds. Si le projectile reste dans la niche, le jeune homme échappera à la conscription.

N. D. DE. BARONHEID. Les paysans lui présentent des gerbes de tanaisie qu'ils déposent sur le banc de communion où le prêtre les bénit.

 N. D. DE BELLAIRE - invoquée pour la guérison des maladies réputées incurables.

N. D. AU BOIS D'ARGENTEAU -ainsi nommée parce que cette statuette fut trouvée au creux d'un chêne

LA BONNE MADAME, - vocable sous lequel la Vierge est invoquée dans une petite chapelle proche de Lavacherie, le long de la route de Ste Ode. Là vivait, jadis, une communauté, de femmes que les brigands dispersèrent; mais l'une des religieuses continua à habiter les ruines et chaque nuit elle se rendait à Lavacherie, d'où elle rapportait du feu dans son sabot. Un jour, un fermier lui ayant refusé du feu fut frappé de cécité et depuis lors, on prie la madone pour les affections intéressant les yeux que l'on baigne avec l'eau froide jaillissant d'une source miraculeuse.

N. D. DE BONNE NOUVELLE, à Liége. - Son oratoire flamba pendant les troubles de la Révolution, mais on retrouva la Madone intacte sous la cendre.

N. D. DU BON RETOUR, à Liége. - Honorée jadis à la Chapelle du Paradis, par les voyageurs, avant de se mettre en route.

N. D. DE BON SECOURS, à Pontisse. -Elle favorise les amours.

N. D. DE LA BOVERIE, à Liége ; - se trouve actuellement en la paroissiale S. Vincent de Fétinne.

N. D. DE CHÈVREMONT (Liège). - Le pèlerinage le plus populaire de la province de Liège. La Madone est priée pour obtenir un bon mari ; toutefois la jeune fille qui gravit le thier au bras de son fiancé doit renoncer à tout espoir d'épouser celui-ci. - Les jeunes gens attendent donc le retour des pèlerines dans l'un des établissements de plaisir de Vaux-sous-Chèvremont.- Ici, la coutume veut que ce soient les dames qui offrent aux messieurs la traditionnelle « fricasséye » ; on dit qu'il ne faut jamais prier N. D. de Chèvremont pour échapper au service militaire, car « elle aime les beaux soldats « .

LES MADONES QU'ON NE PEUT DÉPLACER.

C'est une croyance très répandue que celle qu'il faut laisser les Madones à la place où on les découvre. – la « Revue des Traditions Populaires », qui consacra un longue étude au phénomène folklorique, nous apprend que la légende n'est pas uniquement européenne, ni chrétienne.

N. D. DÉBONNAIRE, à Mons.-Dans un quartier jadis mal famé où s'alignaient les maisons closes, on voit, dans une niche, la statue de Marie. Chaque année, le 15 août, la foule s'y assemble pour chanter ses litanies.

N. D. DE LA DÉLIVRANCE, à Autre-Église (Jodoigne). Jadis, la Madone était représentée enceinte et, spectacle bizarre, lors de la procession annuelle, seules, les femmes enceintes sont admises à porter la statue vénérée.

N. D. DE S. DENIS, à Liége. - La statue se trouvait jadis dans une petite chapelle au milieu du vieux l'ont des Arches, mais, lors du bombardement de Liége par le marquis de Boufflers, elle chut à la Meuse. Cependant, au lieu d'être emportée par le courant, elle se mit à remonter celui-ci et vint aborder sur le territoire de la paroisse S. Denis, montrant ainsi sa volonté d'y habiter désormais.

N. D. DES ÉCOLIERS, à Liége - Appartenait jadis à l'abbaye du val Ste Marie, de l'Ordre des Écoliers. Elle se trouve actuellement dans la paroissiale S. Pholien, où elle est invoquée en temps d'épidémie.

N. D DE L'ÉPINE, à Œudeghien. - Un berger la trouva dans un arbre d'aubépine, la transporta chez lui et la plaça dans sa cuisine, mais, le lendemain, grande fut sa stupéfaction : la statue avait disparu. Il la retrouva dans l'aubépine, comme la veille.

N. D. AUX FONTS, à Liège, dans l'ancien baptistère de la cathédrale S. Lambert. Était la patronne du Bon Métier des Fruitiers et des Harengiers, sous le vocable de Mère de Dieu.

N. D. DE GALOPPE. - Il y a vraisemblablement une madone en l'église du petit hameau de Galoppe (Liège); mais la Notre-Dame dont il s'agit est de pure fantaisie. Elle naquit d'un calembour. On dit de quelqu'un qui a pris une fuite éperdue: « Il a Pris Notru-Darne di Galoppe », et d'autres expriment la même pensée par « Notru-Dame dès bonès djambes ».

N. D. LA GRANDE. - Sa statue surmontait jadis une colonne, à l'angle de la rue Chéravoie, à Liège, où, en 1597, elle fut victime d'un attentat sacrilège, ce qui donna lieu à de solennelles réparations publiques.

N. D. DE LORETTE (Visé); -dans un petit temple non loin de la grand'route de Berneau. Le 15 août il y a la une foire aux variétés fort fréquentée par les paysans des environs et les citadins en villégiature à Visé. Le service du sanctuaire est assuré par un ermite.

N. D. DE S. MARTIN, à Liège. -C'est une Vierge noire. On raconte qu'on lui donna une couche de couleur rose, mais qu'elle reprit peu après sa couleur primitive. On rapporte aussi qu'une année, le clergé effrayé par le mauvais temps, décida de supprimer exceptionnellement la procession, mais que la Madone ne l'entendit pas ainsi, qu'elle descendit de son autel et qu'elle commença à faire seule, et à pied, le tour habituel.

N. D. DE NOBLEHAYE, près de Bolland. - Invoquée par les amants malheureux pour être payés de retour. Les femmes qui s'y rendent, mordent dans la grille en fer de la chapelle.

N. D. DE LA PAIX, à Liège. - Sa statue se trouve dans une niche de la façade de la chapelle des Dames Bénédictines sur Avroy.

N. D. DU PARADIS. - Une religieuse de l'abbaye de la Thure découvrit la statuette sur l'escalier qui descend à la rivière, dans ce site délicieux surnommé le Paradis. Elle la fit placer dans l'église, mais la Madone retourna à son escalier.

N. D. DE PATENIERS, à Liège. - Dans la Chapelle des Mineurs, aujourd'hui paroissiale S. Antoine. Elle était la patronne du Bon Métier des Charliers (charrons et tourneurs) et des Sclaideurs (tonneliers et soutireurs de vin).

N. D. DE S. RÉMY, à Liège. -Actuellement en la collégiale S. Jacques où elle est priée pour les maléfices.

N. D. DE LA SARTE, à Huy ; - sur la montagne qui domine la cité. L'une des madones les plus populaires de la région. Fête pendant les neuf premiers jours de mai. Elle est l'occasion d'une grande foire aux variétés. - En 1621, une femme passant sur le sart avec un fagot de bois sur le dos, trouva la statuette. Elle délia son bois et y plaça la Madone, mais quand elle voulut reprendre son fardeau celui-ci était devenu si lourd qu'elle ne put le soulever de terre. - Les pèlerins doivent faire trois fois le tour de l'église. - A la voûte de l'église pendent les étendarts que le général Vierset, un Hutois, conquit sur les Turcs.

N. D. DE S. SÉVERIN, à Liège. - Se trouve actuellement en l'église S. Denis. Elle a le pouvoir de ressusciter les nouveaux-nés, le temps nécessaire à leur ondoiement.

N. D. DE WIHOU ou N. D. au Bois d'Argenteau (voir ce nom) - se trouve dans la chapelle servant de sépulture aux membres de la famille des Comtes de Mercy-Argenteau où elle est priée pour les affections de la vue. Il y a une source où le pèlerin se lave les yeux. La coutume veut que les gens de la région qui se rendent à N. D. de Verviers repassent toujours par N. D. de Wihou. - On y distribuait de petits drapeaux triangulaires, en papier.