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Les guides de Saint-Jacques de Liège

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8 mai 2013

Chapitres généraux de l'ordre de St. Benoit

Les chapitres généraux de l’ordre de St Benoit dans la province de Cologne-Trèves

URSMER BERLIERE – dans Bulletin de la commission royale d’histoire – 5e série – tome X – 1900

extraits

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L'abbaye de Saint-Jacques jouissait d'une excellente réputation : elle fut, dans la première moitié du XVe siècle, un foyer de réforme pour les abbayes de Saint-Laurent, de Florennes, et plus tard pour celles de Stavelot, de Gembloux, de Saint-Paul d'Utrecht; c'est aussi à Liége que l'abbé de Sainl-Mathias de Trèves demanda les moines nécessaires pour restaurer son abbaye et rédiger ses constitutions, qui servirent plus tard de base à celles de la célèbre congrégation de Bursfeld

Il fallut un nouvel ordre du Concile de Bàle pour rappeler aux abbés l'obligation de reprendre le cours ordinaire de leurs chapitres. Dès le 4 juillet 1434, le Concile nomma Jean de Rode, abbé de Saint-Mathias de Trèves, visiteur général de tous les monastères bénédictins de la province de Cologne-Trèves avec pouvoir de réformer.

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Le 12 février de l'année suivante,(1437) le Concile chargea les abbés de Saint-Mathias de Trèves, de Saint-Martin de Cologne, d'Hornbach et de Saint-Jacques de Liége, de convoquer le chapitre provincial à Saint-Pantaléon de Cologne pour le 21 avril 1453. Ils'y tint effectivement et l’on y décida que la prochaine réunion aurait lieu en 1440, à l'abbaye de Saint-Jacques, mais l'abbé de ce monastére, Roger de Bloemendael, bien qu'il fut partisan des mesures décrétées par le chapitre, ne crut pas pouvoir accepter la décision du chapitre sans avoir pris conseil de l'évèque de Liège.

 Berlière, Documents inédits.  L'abbé de Saint-Laurent de Liége, qui partageait la manière de voir de l'évêque, avait refusé de se rendre au chapitre, mais un religieux, D. Jean de Lairdieu, du consentement de dixde ses confrères, s'y rendit malgré la défense de. l'abbé. Celui-cidut envoyer son prieur pour y prendre sa défense personnelle, mais il fut condamné par l'abbé de Saint-Mathiias et obligé de lever toutes les peines portées contre D. Jean de Lairdieu, Jusqu'à l'arrivée des visiteurs nommés par le chapitre

Celui-ci, qui avait embrassé le parti d'Eugène IV, refusa d'accueillir les visiteurs étrangers nommés par le Concile et empècha les abbés liégeois de prendre part aux chapitres provinciaux. Il n'en fut pas de même dans les diocèses de Trèves, de Cologne et de Metz, où les évêques favorisaient les efforts du chapitre provincial et du Concile de Bàle.

Mis dans l'impossibilité de se réunir à Liége, les abbés de la province tinrent, en 1440, leur chapitre à Saint-Maximin de Trèves.

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 En 1451 et 1452 le cardinal Nicolas de Cuse, qui avait reçu de Nicolas V la mission de travailler à la réforme des églises et des monastères pendant sa légation en Allemagne, vint prêter son concours le plus actif à l'oeuvre commencée par le Concile de Bâle et poursuivie avec ardeur par l'abbé de Saint-Mathias de Trèves. On peut suivre son action en Hollande dans les monastères d'Utrecht, de Rijnsburg et d'Egmond, en Belgique à l'abbaye de Saint-Trond dont il fit la visite canonique, et pour laquelle il composa des statuts qu'il adressa de Liège le 16 octobre 1451.

Le texte deces statuts, qui se trouve dans le Codex 288 de la bibliothèque de l'Université de Liège, a été publié dans la Revue bénédictine, 1897, pp. 378-380.

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Celle de mai 1474 se tint à Saint-Pantaléon de Cologne sous la présidence des abbés Adam de Saint-Martin, Henri de Liesborn, Ulric de Saint-Avold, Jacques d'Oostbroek. On y désigna comme visiteurs pour le diocèse de Liége, les abbés de Saint-Martin de Cologne et de Brauweiler; toutefois Stavelot, Saint-Hubert et Brogne pouvaient ètre visités par l'abbé de Saint-Jacques de Liège ; Saint Jacques, Saint-Laurent de Liége et Gembloux par celui de Florennes; Saint-Trond, Waulsort et Vlierbeek par celui de Saint-Laurent de Liége; Florennes par celui de Stavelot. Les abbés du diocèse de Liége ne parurent point à ce chapitre, de même qu'ils s'étaient tous abstenus de se rendre au précédent; de ce chef ils avaient été condamnés à payer une somme double de la taxe ordinaire, suivant les dispositions de la bulle de Benoît Xll. Les abbés en référèrent à l'évêque, qui avait été mis au courant de l'affaire par l'abbé de Saint-Martin de Cologne. Louis de Bourbon les convoqua à Liége pour le 18 avril. Tous se rendirent à cet appel, sauf l'abbé de Vlierbeek, et prirent leur repas à l'abbaye de Saint-Laurent. On y discuta la conduite à tenir vis-à-vis des autorités du chapitre provincial. La majeure partie des abbés se déclarait prête à subir la visite et la correction de l'évêque de Liége. Ceux de Saint-Laurent et de Florennes ne voyaient aucun inconvénient à envoyer des représentants au chapitre provincial et à payer leur quote-part dans les contributions ordinaires; quant à la question de la visite canonique, ils voulaient l'examiner plus à fond. Le chapitre provincial fut avisé de cette décision, et l'évêque prit des mesures pour faire entreprendre la visite des monastères de son diocèse en commençant par les abbayes de Saint-Jacques et de Saint-Laurent. Les présidents du chapitre de Cologne-Trèves durent patienter, mais ils ne perdirent pas de vue cette affaire.

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La réunion, de 1480 (23-29 avril) se tint à Saint-Martin de Cologne. Cette fois on décida d'en finir avec la résistance des abbés liégeois ou de vaincre l'opposition de l'évèque diocésain. Les abbés Jean de Laach, président, et Adam Meier de Saint-Martin, procureur du chapitre, entrèrent en négociation avec l'abbé de Saint-Jacques, délégué des abbés liégeois. On stipula que ceux-ci seraient à l'avenir représentés aux chapitres provinciaux, mais seraient délégués pour la visite des monastères de leur pays. On leur promettait de ne jamais rien tenter pour les soumettre à l'union de Bursfeld et de les traiter avec égard en ce qui concernait les peines et les amendes encourues par eux. Cet accord signé à Cologne le 5 mai 1481 devait être ratifié par le prochain chapitre.

Il le fut effectivement, et, au chapitre tenu le 28 avril1482 à Saint-Mathias de Trèves, l'abbé dé Saint-Jacques comparut personnellement et comme procureur des abbés de Stavelot, de Saint-Hubert et de Saint-Trond ; l'abbé de Saint-Laurent envoya un de ses religieux, Amelius; l'abbé de Florennes comparut personnellement et comme procureur des abbés de Brogne et de Waulsort. Celui de Gembloux, Jean de Carrières, qui avait essayé de se soustraire à l'autorité du chapitre provincial, fuit frappé d'une sentence d'excommunication, qui fut lancée par l'abbé de Saint-Martin de Cologne et affichée à la porte du monastère de Saint-Jacques de Liège le 10 juin 1482

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A partir de cette époque,(1491) les documents se font plus rares sur les chapitres provinciaux de Cologne-Trèves; nous n'en trouvons plus guère que des mentions. Ils se tinrent en 1492 à Saint-Pantaléon de Cologne, sous la présidence de l'abbé de St-Martin, en 1494, en 1497 à Saint-Maximin, en 1499, en 1502 à Trèves, où l'abbé Servais Moens de Saint-Jacques de Liège fit le sermon réglementaire, en 1504 à Cologne, en 1509. Il parait même que pendant un certain temps le chapitre aurait été tenu annuellement. Nous voyons mentionner des réunions à Cologne en 1517 , à Saint-Martin de Cologne en 1518, à Saint-Mathias de Trèves en 1519, en 1520 à Saint-Mathias de Trèves où l'on institua des visiteurs pour le diocèse de Liège, en 1522 à Saint-Pantaléon de Cologne, en 1524 à Laach, en 1526 à Saint-Pantaléon, en 1533 à Laach. C'est la dernière mention que nous ayons rencontrée. Les troubles de la réforme protestante et surtout le fonctionnement régulier des chapitres annuels de la congrégation de Bursfeld, à laquelle étaient rattachés un bon nombre de monastères des provinces de Cologne et de Trèves, furent cause de l'interruption des chapitres provinciaux, lesquels d'ailleurs avaient déjà perdu une grande partie de leur ancienne influence ou de leur raison d'être. Les monastères liégeois s'étaient réformés peu à peu sous l'influence de celui de Saint-Jacques de Liège; restaurée par des moines de Saint-Jacques, l'abbaye de Florennes put à son tour donner des réformateurs à Saint-Gérard et à Hasnon. C'est de Saint-Jacques que partirent les réformateurs de Stavelot, de Gembloux, de Vlierbeek qui s'affilièrent plus tard à Bursfeld, de même que Saint-Trond réformé par Gembloux, de Saint-Laurent et de Saint-Hubert. Si les monastères liégeois n'arrivèrent pas à constituer une congrégation autonome, comme ils en avaient conçu le plan en 1572, la faute en fut à l'évèque de Liège, qui voulait garder tous ses droits de juridiction sur les monastères de son diocèse.

Document en pdf Berliere_Bursfeld

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7 mai 2013

Pour le mois de mai...

Toujours extrait du calendrier populaire wallon de Rodolphe de Warsage

1 mai - FETE DE LA GARNISON DE LA BASTILLE Ste WALBURGE, a LIÉGÉ

 Autrefois, c'était la fête de la garnison de la Citadelle, que nos tyrans se vantaient d'avoir dressée «comme une menace perpétuelle pour la Cité» et que tant de fois nos valeureux ancêtres rasèrent. La chapelle Ste Balbine, toute proche, était ornée de drapeaux, de fleurs et de sapins verts. Dès l'aurore, la Ville s’éveillait au bruit des fanfares et du tambour, sur la colline. Toute la garnison se mettait sous les armes et la fête s'achevait, à la vesprée, sous les tonnelles discrètes de  « Ma Campagne » si délaissée aujourd'hui ou des guinguettes de « Es Fond Pirète ».

9 MAI : St. GRÉGWÈRE LI PAPE (Grégoire)
Thibaut Visconti fut d'abord archidiacre à Liège avant de devenir pape sous le nom de Grégoire X. C'est peu avant son couronnement qu'il crut pouvoir présenter des observations au prince-évêque Henri de Gueldre, seigneur fort débauché qui venait de violer la fille du boucher Coune de la rue Entre-Deux-Ponts, mais pour toute réponse le prélat lui allongea un furieux coup de pied qui atteignit Thibaut au bas ventre.

19 mai :S. YVES
Yves Hélory, curé de Trédrez et confesseur. († 1303). Patron des agents d'affaires, avocats et avoués. - On conte que ce saint facétieux fort versé dans la controverse et la procédure, ayant obtenu l'autorisation de visiter le paradis, refusa d'en sortir dès qu'il y fut entré. Pour l'en expulser, il eût fallu un huissier, mais malheureusement jamais un huissier ne fut au ciel. - Liège posséda jadis un sanctuaire sous ce vocable, plus connu sous le nom de Chapelle des Clercs, dans la petite rue de ce nom.

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13 avril 2013

La voûte de l'église

VOÛTE DE SAINT-JACQUES

L'église Saint-Jacques à Liège présente un défaut (elle en présente même plusieurs, mais je n'en dévoile qu'un) : elle n'a pas d'arcs-boutants. Certes, il existe des contreforts, indispensables pour reprendre la poussée des voûtes. Mais, faute d'arcs-boutants reportant la poussée au-delà des bas-côtés par-dessus leur toiture, ces contreforts sont accolés à la paroi de la nef et du choeur, à l'extérieur de l'église, entre les fenêtres hautes.

 Il en résulte qu'ils n'auraient pu être fondés dans le sol qu'en apparaissant dans les bas-côtés, à côté des colonnes principales. Leur présence à cet endroit aurait été disgracieuse. Aussi, le constructeur a fait reposer ces contreforts sur les arcs doubleaux des bas-côtés. Cette assise n'est pas suffisamment stable et rigide et elle se déforme sous l'effort des contreforts. L'efficacité de ceux-ci est ainsi réduite.

 Les conséquences de ce défaut sont accentuées par le poids élevé de la voûte. En effet, les nervures du début du gothique se limitaient à la croisée d'ogives, ce qui rendait les voûtes très légères ; mais à Saint-Jacques, les nervures sont multipliées, ce qui fait la splendeur de la voûte, mais ce qui l'alourdit considérablement.

 Il s'ensuit que, au fil du temps, les colonnes se sont déversées vers l'extérieur. On peut le constater en les regardant en enfilade. Au 19e siècle, on estima déjà nécessaire de lutter contre le poids excessif de la voûte en suspendant celle-ci à la charpente de la toiture. Solution anormale, qui a laissé des traces : des pièces de la charpente se sont disjointes.

 À l'occasion de la restauration générale de l'église dans les années 1960­70, une solution meilleure et plus -durable a été adoptée. Elle est due à l'ingénieur­architecte Joway. Elle est constituée par deux opérations : d'une part, la voûte est allégée ; d'autre part, la base des contreforts est stabilisée. Ces travaux sont illustrés par une maquette située dans une chapelle à droite du choeur.

 Pour alléger la voûte, des charpentes en acier sont construites dans les combles, chaque fois de part et d'autre des charpentes en bois. Des traverses en acier reposent sur ces charpentes métalliques, passant au-dessus des nervures. Des tiges de suspension pendent des traverses et percent les nervures. Des sacs de sable sont posés sur les charpentes, de poids égal à la moitié du poids de la voûte. Des écrous sont vissés à la main sur les tiges, sous les nervures, sans serrer, de manière à n'exercer aucun effort sur les nervures mais à être tout-contre. Les sacs de sable sont ensuite enlevés : les charpentes métalliques sont soulagées du poids de ces sacs, mais comme elles ne peuvent se relever puisqu'elles sont retenues par les voûtes, elles soulagent ces voûtes du même poids.

 À noter que des plats métalliques ont été placés sous les nervures et répartissent la traction due aux tiges. En regardant bien, on voit les bouts des tiges et les écrous dans les parties des nervures peintes en jaunes. À noter aussi qu'on s'exprime mal en disant que la voûte est suspendue : suspendre une voûte estcontraire à sa stabilité ; il est plus exact de dire que la voûte est soulagée de la moitié de son poids.

 Pour stabiliser la base des contreforts, on a réalisé les travaux suivants. Des plaques verticales en béton armé ont été coulées de part et d'autre de la base des contreforts, avec ancrage dans ceux-ci. Des charpentes métalliques ont été construites dans les combles des bas-côtés, reposant d'une part sur les murs extérieurs, d'autre part sur les colonnes principales. Ces charpentes sont moisées de part et d'autre des contreforts, dont elles reprennent les efforts par l'intermédiaire des plaques en béton. Ces efforts sont ainsi reportés sur des éléments stables sur lesquels des forces verticales sont principalement exercées.

 G. DEFOURNY. revu juin 2012

Document en pdf: Voute_Defourny

 

7 avril 2013

Sécularisation de l"abbaye Saint-Jacques

Sécularisation de l’abbaye St Jacques Jean Van Ham

 Généralités

 Il est, dans la nature humaine d’être sujette à une alternance de grandeur et de décadence. L’ordre monastique n’échappe pas à cette loi et, à des périodes de prospérité, succèdent parfois celles de « vaches maigres ».

Les causes en sont souvent les mêmes : outre les malheurs des temps, les guerres et les calamités publiques ruinent la discipline. L’introduction dans les monastères de jeunes gens sans vocation, appartenant à des familles nobles qui cherchaient ainsi à faire à leurs fils une position honorables et facile, y contribue largement. On y ajoutera les taxes et impôts qui pesaient sur les monastères, l’immixtion du pouvoir civil dans l’élection abbatiale, le trésor public qui pèse sur les monastères  qui deviennent des exploitations au profit de l’état. 

 Depuis la fin du XIIème siècle, dans certaines maisons religieuses, les intérêts séculiers et les préoccupations économiques prennent le pas sur l’idéal religieux. Elle deviennent l’apanage de la noblesse qui, elle-même, décimée par les guerres, ne peut plus fournir un nombre suffisant de religieux. La Vie religieuse tarit en proportion des éléments séculiers introduits. Les revenus sont partagés en prébendes d’autant plus importantes qu’il y a moins de prébendiers, et la vie commune perd de son sens. Les bâtiments tombent en ruine et le patrimoine est dissipé.

 Au fond, partout, c’est l’intérêt matériel qui prime sur l’idéal religieux. Les évêques, patrons de la noblesse, et Rome,  ne pouvaient enrayer la vague et la sécularisation régularisait toutes ces situations.

 Au XIVème siècle, la création de nouveaux évêchés dont certains monastères devinrent des chapitres cathédraux, eut pour résultat d’affaiblir graduellement l’esprit monastique. Le recrutement de vocations devenait plus difficile et plus intéressé.  Les grandes crises religieuses et sociales ont été accompagnées d’un fléchissement de la morale et de la discipline. En Allemagne, on vit  un certain nombre d’abbayes abandonner une règle devenue lettre morte depuis longtemps. En 1419, l’abbaye St Alban de Mayence obtient sa sécularisation le 16 août. Elle fut suivie par quelques autres.

 Le même phénomène se produisit en France au sortir de la guerre de cent ans et au cours de la révolution religieuse du XVIème siècle : Luçon, St Flour, Tulle, Montauban et encore d’autres se sécularisèrent les unes à la suite des autres. En Lorraine, des moniales avaient été transformées en Chanoinesses avant 1453. St Bavon, à Gand, fut érigé en chapitre cathédral en 1536.

 En 1693, les nobles du pays de Liege proposaient à Rome de convertir les moniales des abbayes de Val Notre-Dame et d’Herckenrode en chapitres nobles.

En 1693 également, le nonce de Cologne avait signalé à Rome une tentative faite par les religieuses de Robermont pour transformer cette abbaye cistercienne en un chapitre de Dames nobles.

 La Belgique possédait de nombreux et puissants monastères : St-Jacques et St Laurent à Liège, St Hubert, Gembloux, Stavelot, Florennes, St Trond, St Bavon à Gand, St Martin de Tournai, St Ghislain, et bien d’autres encore. L’évêque Englebert de la Marck en faisait l’éloge en 1351.

L’abbaye de St Jacques jouissait d’une excellente réputation. Elle fut un foyer de réformes pour les abbayes de St Laurent, de Florennes, Stavelot, Gembloux et St Paul d’Utrecht.

 Des essais de réforme furent tentés à cette époque. La réunion des chapitres provinciaux avait été le moyen proposé par le Saint Siège pour la restauration de l’ordre bénédictin. Une bulle de Benoit XII, communément appelée « la bénédictine », réglait la tenue de ces chapîtres.

 Au début du XVème siècle, l’abbaye de St Jacques prête son concours à l’abbé de St Mathias de Trèves, Jean de Rode, initiateur et propagateur de la réforme bénédictine qui devait aboutir à la création de la célèbre Union de Bursfeld, qui consiste en un regroupement des abbayes sous une règle commune, et que l’on connaît aussi sous le vocable de « congrégation de Bursfeld ».  

Depuis le XIIIème siècle, la discipline s’était maintenue à l’abbaye de St Jacques. Elle était dirigée à ce moment par l’abbé Renier de Ste Marguerite et possédait un Cérémonial particulier et des coutumes propres.

A la demande de Jean de Rode, 4 moines liégeois furent envoyés à Trèves et y apportèrent le coutumier et le cérémonial de leur abbaye. Ces documents aidèrent l’abbé Jean de Rode dans la rédaction de ses constitutions.

 Les monastères belges ressortissaient aux deux provinces monastiques de Reims-Sens et de Cologne-Trèves. Les chapitres de ces deux provinces se tinrent régulièrement à partir de la publication de « la Bénédictine ».

 En 1351, l’évêque de Liege, Englebert de la Marck, faisait l’éloge du monastère de St Jacques.

En 1401, la peste, qui fit plus de 12.000 victimes, emporte l’abbé de St Jacques et 12 moines.

En 1420, l’abbé de St Jacques envoya quelques uns de ses moines à l’abbaye de St Laurent, afin d’aider l’abbé à introduire la réforme dans son monastère. 

 Le monastère de St Jacques, comme les autres abbayes du pays de Liege, en s’affiliant à la  congrégation de Bursfeld,  pourrait trouver un moyen de s’affermir. Mais les princes-évêques de Liège voyaient d’un mauvais œil toute immixtion des supérieurs de l’ordre, et de ce fait,  interdirent aux abbés liégeois la fréquentation des chapitres de la province de Cologne-Trèves et refusèrent aux visiteurs nommés par ces chapitres, l’autorisation de procéder à la visite des abbayes.

 En 1440, l’abbé de St Jacques, Roger de Bloemendael ne voulut pas accepter la décision prise d’organiser la réunion des chapitres dans son abbaye, sans avoir consulté l’évêque de Liege. Celui-ci refusa d’accueillir les visiteurs étrangers nommés par le Concile. Mis dans l’impossibilité de se réunir à Liège, les abbés de cette province tinrent leur chapitre à Trèves.

 Les monastères liégeois s’étaient réformés peu à peu sous l’influence de l’abbaye de St Jacques.

Les nonces de Cologne essayèrent de former une congrégation liégeoise. L’abbaye de St Jacques y fit opposition dans la crainte que cela ne mit un terme à l’indépendance des religieux.

 De plus, l’évêque de Liège s’y était opposé craignant de perdre ses droits de juridiction sur les monastères de son diocèse. 

 Vers la sécularisation…

Le XVIIIème siècle est celui de la paix et de la joie de vivre : le raffinement et le bien-être sont à l’ordre du jour et ceci  exerce une influence dans les abbayes. Le naturalisme pénètre les cloîtres étouffant la vocation religieuse. Les logements des moines sont commodes, les bâtiments sont propres et riants, l’air est sain, la vie agréable, il y fait bon vivre. S’ensuit une nouvelle vague de sécularisations : à Vienne, à Marseille, Lure, Murbach…  

 A St Jacques, vers le milieu du XVIIIème siècle, on perçoit un relâchement dans l’observance de la règle.

 L’abbatiat de Pierre Renotte contribua à enlever à l’église, ses beautés architecturales. Il enleva ou cacha les ornementations. Les fresques disparurent sous un épais badigeon. Les chapelles latérales du chœur furent dissimulées sous un lambris de bois. Il transforma même le pavage de l’édifice et sacrifia plusieurs pierres sépulchrales.

Toutes ces dégradations, cet absence de respect pour les choses d’autrefois, ce mépris du passé indiquaient une transformation dans l’esprit de la communauté.

 La mort de l’abbé Renotte en 1763 fournissait aux religieux de St Jacques, l’occasion de régulariser leur situation. La vie commune était loin d’être parfaite et le pécule existait, avec l’approbation des supérieurs. De son vivant déjà, une partie des religieux  songeait à secouer le joug qui pesait à leurs épaules. Fatigués de la vie monastique, ceux-ci profitèrent du temps écoulé entre le décès de l’abbé Renotte et la nomination de son successeur.

 lls réussirent à imposer au nouvel abbé la promesse de s’employer à transformer l’abbaye Saint-Jacques en un chapitre de chanoines. Dès 1769/1770, des démarches sont entreprises auprès du pape pour obtenir la sécularisation.

 Des protestations se firent entendre à l’encontre des religieux de St Jacques. Elle provenaient du sein de l’ordre bénédictin lui-même, ainsi que du prince abbé de Stavelot. La Sacrée congrégation des évêques et réguliers demanda au commissaire apostolique, c'est-à-dire le Vicaire Général de Liege, la raison de cette opposition. Le prince-évêque rappelait que Liège comptait un nombre suffisant de collégiales.

 L’abbé de Stavelot rappela que l’abbaye de St Jacques s’était toujours distinguée par son observance et qu’elle avait été un centre de réformes. Ce n’est qu’après le décès de l’abbé Renotte qu’on vit subitement les religieux manifester leur désir de changement. Après avoir juré d’observer la règle de St Benoit, ils veulent en secouer le joug. Et le prince-évêque de Stavelot argumente encore en signalant qu’ils veulent « transformer leur monastère en collégiale, et de mauvais moines, devenir des chanoines encore moins bon. »

La demande introduite fut donc écartée par le pape Clément XIV. Mais les partisans de la sécularisation revinrent à la charge auprès du légat du pape. Ils n’eurent pas plus de succès.

 De 1771 à 1785, la vie à St Jacques est mal connue, mais il est certain que des tractations ont continué secrètement. Certains liégeois voulurent tirer parti de cette tendance à la sécularisation.

 En 1773, le bourgmestre de Liege, de Heusy, proposait de convertir St Jacques en séminaire et de répartir ses revenus entre les hopitaux. Ce projet resta aussi lettre morte. Mais les moines ne se décourageaient point.

L’évêque de Liège, Constantin de Hoensbroeck, supplie Rome d’ériger St Jacques en collégiale.

Parlant des moines, il argumente : « ils ne rendent aucun service à l’Eglise, ne confessent pas les fidèles, ne donnent pas le catéchisme, ne prêchent pas. Dans les collégiales, au contraire, on donne très souvent des sermons au peuple. » L’évêque se porte ainsi garant de l’utilité de cette transformation.

 Il semble bien que la sécularisation de St Jacques était devenue inéluctable et que ce n’était plus qu’une question de temps.

 Le 8 mars 1781, les moines élisent leur sous-prieur Augustin-Lambert Renardy à la tête de l’abbaye.

 Un projet de sécularisation en 27 articles est rédigé en février 1785 : privilèges égaux aux autres collégiales, 22 canonicats attribués aux moines, un canonicat vacant maintenu pour utiliser les revenus à la construction des habitations du doyen et des chanoines, les moines sont déliés de leurs vœux de religion, excepté celui de chasteté, les chanoines ne sont plus astreints à des jeûnes ni abstinences particulières, etc…

 Le 1er juin 1785, Pie VI accordait la sécularisation tout en rappelant au prince-évêque que le changement de l’abbatiale en collégiale aurait pour effet d’augmenter la splendeur du culte et du clergé. Il rappelle cependant la demande présentée par les 23 moines, dont il cite les noms, pour l’érection de l’église du monastère en collégiale  séculière, sous le vocable de St-Jacques apôtre, dit le Mineur, et pour l’union des biens du monastère à la collégiale. La bulle reconnaissait également qu’une grande partie des bâtiments de l’abbaye seraient démolis pour être remplacés par des maisons claustrales, au frais du chapitre. Elle prévoyait également la construction d’un « quartier décent » pour l’abbé. Par la suite, on assignera au doyen une habitation convenable dans l’ancien quartier de l’abbé.

 L’abbaye était donc transformée en collégiale, tout en gardant tous ses biens et privilèges. Les anciens moines étaient dispensés de l’obligation de porter l’habit religieux ainsi que de leurs vœux, sauf celui de chasteté. Ils devaient se conformer à l’office du clergé séculier. Par ailleurs, ils pouvaient disposer des biens acquis après la sécularisation.

 L’évêque effectua la sécularisation le 15 juin, confirmée le 31 juillet par l’empereur Joseph II.

Le 1er décembre de la même année, le doyen et le chapitre de St Jacques rédigèrent les statuts de la nouvelle corporation. Le 21 janvier 1786, 4 chanoines furent délégués auprès du prince-évêque pour en obtenir l’approbation.

 Le 27 juin 1786, 5 chanoines anciens religieux de l’abbaye St-Gilles, elle-même sécularisée,  furent adjoints au chapitre de St-Jacques. Les revenus de St-Gilles furent ajoutés à ceux de St-Jacques.

 A peine la collégiale installée, un mouvement de protestation s’élève entre ses membres.

 L’abbaye de St Jacques possédait une riche collection de manuscrits. La vente de la bibliothèque fut décidée pour le 3 mars 1788. Un catalogue en fut dressé et distribué depuis déjà novembre 1787 afin d’attirer le plus d’acheteurs possible. Le nonce de Cologne avait été mis au courant et avait prévenu Rome. Le pape donna des indications précises au nonce afin de faire l’acquisition d’un certain nombre de volumes.

La vente, commencée le 3 mars 1788, dura 15 jours.

 Le monastère à son tour devait disparaître. L’église, transformée en collégiale, avait toujours sa raison d’être. Mais en 1793, on vendit l’argenterie

 Quelques années après la sécularisation, le chapitre de St Jacques était entraîné dans la tourmente de la Révolution. La Révolution Française ferma l’église en 1798 tandis que les anciens cloîtres étaient occupés par les armées républicaines.

 En conclusion, voici les réflexions faites par Dom Ursmer Berlière à propos de cette sécularisation, dans sa relation du projet de congrégation liégeoise dans la Revue Bénédictine :

« Tandis que St-Laurent de Liége et Florennes se maintenaient dans un état satisfaisant, St-Hubert conservait l'observance de Lorraine et St-Jacques de Liége déclinait graduellement. Si on avait suivi les conseils donnés au nonce Visconti, on aurait évité toutes ces divisions qui éclatèrent à St-Hubert et se perpétuèrent à travers le XVIIIe siècle; on aurait empêché cette scandaleuse sécularisation de l'abbaye de St-Jacques de Liége, terme fatal d'une décadence qui s'accusait déjà au XVIIe siècle. Il y eut des protestations au sein de l'Ordre,mais que pouvait une voix isolée contre le courant mondain qui entraînait les hautes sphères ecclésiastiques de Liége ? Que pouvaient les gens de bien contre les influences qui favorisaient ces sécularisations, où l'on entraînait St-Jacques et St-Gilles de Liége, St-Remy près de Rochefort, où l'on voulait compromettre Robermont, Val-Notre-Dame, Herckenrode, qui demandaient de supprimer les Croisiers de Liége, et répandaient le faux bruit d'une demande de sécularisation à St-Trond comme pour préparer les esprits à cette regrettable éventualité ? L'union eût pu sauver les monastères sans entraver leur autonomie ; l'isolement dans l'indépendance fut la cause de leur ruine. »

 

 Documents utilisés :

Ursmer Berlière : sécularisation de St Jacques (1785) in Revue Bénédictine T 33 1921 et T 34 1922

Le même : revue bénédictine  T XVI

Le même: l’Ordre bénédictin en Belgique : réformes des XVe et XVIe siècles – revue             bénédictine T XI – 1894

Le même : Lers chapitres généraux se l’ordre de St Benoit dans la province de Cologne-Trèves.        – Bulletin de la commission royale d’histoire – 5ème série – T X – 1900

Le même, dans la Revue Bénédictine tome 27 - 1910

Gobert – Les rues de Liège

André Lebrun : L’abbaye St Jacques in Léodium T 59/1972

Dossier en PDF:S_cularisation_de_St_Jacques

21 mars 2013

Fondation de St Jacques le Mineur

Nous sommes au Moyen-Age. Evêque après évêque, l’évêché de Liege s’est construit. L’an mille est proche et en ce moment, Notger règne sur l’évêché. Notger est reconnu comme un évêque dont le règne fut grand. Ne disait-on  pas que « Liege devait Notger à Dieu et le reste à Notger ». Sa qualité fut reconnue par l’empereur Otton qui l’éleva au rang de Prince-Evêque, titre que conservent tous ses successeurs. L’évêché de Liège devient donc une principauté.

En 1008, Notger s’éteint et l’empereur Henri II nomme Baldric II comme sucesseur. Celui-ci régna sur la principauté de 1008 au 29/7/1018, date de son   décès.

Baldric, deuxième du nom, fils des comtes de Looz, était archidiacre de Campine. Il était le frère de Gislebert, troisième comte de Looz.  Dans le cousinage de Baldric II  on trouve aussi le comte de Louvain, Lambert dit le barbu. Ce dernier était avide de conquêtes et le voisinage du Brugeron d’avec le comté de Louvain, fief de Lambert,  inquiétait Baldric.

Brugeron ou Brunengeruz, aussi désigné sous l’apellation de « comté de Hoegaerden » est un comté qui s’étendait de Tirlemont aux portes de Louvain, et de Glabbeek à Opheylissem, Hoegarden et Chaumont Gistoux.

L’Eglise de Liège en possédait les droits régaliens grâce à la donation faite par Alpaide, épouse de Godefroid de Basse-Lotharingie qui la lui légua. Vers 988, l’empereur Otton III en confirme l’attribution aux princes-évêques de Liege.

En 1014, Baldric reçoit le marquisat de Franchimont. En 1015 il acquiert l’abbaye de Florennes. C’est également lui qui consacre la nouvelle cathédrale Saint-Lambert ainsi que la collégiale Saint-Barrthélemy.

En 1018, il se joint à la campagne du duc Godefroid avec les évêques de Cologne et d’Utrecht pour châtier Thierry de Hollande. Ce fut un insuccès  et Baldric, fatigué et malade, décède à Heerewaarden. Il est enterré dans la crypte de l’abbaye St Jacques.

J Van Ham

Dès le début du règne de Baldric II, des différends naquirent avec Lambert le Barbu. Mgr Schoolmeesters  décrit ce dernier comme un homme violent et perfide, guerroyeur impitoyable et qui avait reconquis par les armes les fiefs dont l’empereur l’avait déchu.

Baldric tenait à protéger le territoire du comté de Hoegarden contre les méfaits possibles de Lambert.

Pour parer à une telle éventualité, et lui permettre de se défendre, l’Evêque décide de construire, vers 1010, un château fortifié dans le comté de Hoegaerden.

Le comte Lambert s’en offense évidemment, interprétant cette entreprise comme une provocation. Il somme alors le Prince-Evêque d’en arrêter la construction. L’Evêque n’obtempérant point, Lambert  se fait menaçant au point que Baldric décide de se défendre, et pour ce faire, convoque ses vassaux pour un règlement militaire du conflit.

Le combat est inévitable. Il a lieu le 10 octobre 1013. Il est le premier combat auquel se livre à l’extérieur la milice de Liege qui au début, semble remporter un certain succès. Mais, suite à la trahison du Comte de Namur, qui comptait dans les rangs des défenseurs de Baldric et qui  fit volte face pour se ranger au côté de Lambert, la troupe de l’Evêque ne peut résister au nombre. Tous tentent de se réfugier dans la fuite. 300 hommes sont massacrés sur le terrain. Lambert prend ainsi le Brunengeruz à la principauté de Liège.

Le Prince-Evêque rentre alors à Liege. Ne pouvant se consoler de la perte de ses sujets, l’Evêque cherchait tous les moyens pour réparer sa faute.

Dans un but d’expiation, et sur les conseils d’un évêque italien nommé Jean, confident de Baldric II, celui-ci décide de construire une église à laquelle il adjoint une abbaye dans laquelle il place quelques moines venus de l’abbaye bénédictine de Gembloux.

Le personnage de l’évêque Jean est sujet à débat de la part des historiens qui ne sont pas tous d’accord avec ce que l’on a dit de lui. Une chose cependant ne fait pas de doute car il est régulièrement cité par tous : il a bien existé.

Jean était un peintre que l’empereur Otton avait engagé pour décorer la cathédrale d’Aix-la- Chapelle. Eu égard à ses qualités et son talent, Otton le désigna pour occuper un siège épiscopal en Italie. Mais chassé de ce pays, et sur la recommandation de l’empereur St Henri, il se réfugie à Liège où Notger l’accueille. Lié d’amitié avec Baldric II, il participe à la décoration de l’église Saint-Jacques.

C’est d’ailleurs  là qu’il finit ses jours et est enterré dans la crypte.

Lors de la reconstruction de l’église au XVIe siècle, l’abbé Jean de Coronmeuse déterra les ossements de l’évêque Jean pour les placer dans un mausolée.

Pourquoi une abbaye et non point une collégiale ? Pourquoi des moines et non des chanoines ? Dereine nous en donne une justification, se basant sur ce qui était dans l’esprit et les faits à cette époque. « Le tableau que nous avons brossé permet de se faire une idée de la place occupée par les clercs et les moines dans le diocèse de Liège »…

On peut résumer sa pensée en disant que très souvent, dans les chapitres de chanoines, on constate que plusieurs chanoines changent d’orientation et se consacrent à la vie monastique, ce qui contribue à accentuer le problème de la préséance de l’un ou l’autre ordre. En outre, les écrivains de l’époque soulignent la grandeur de leur vocation et la prédominance de l’état de moine sur celui de clerc de l’église. Dereine va même jusqu’à se demander si parfois la création d’abbaye n’était pas faite dans le but d’accueillir ces chanoines. C’est ainsi que deux monastères liégeois, à Brogne et à Florennes, des chanoines ont d’abord été installés dans l’église, mais on leur substitue rapidement des moines. Clercs et moines revendiquent tous les deux le privilège d’avoir été fondés par le Christ.  

Au début du XIIème siècle, on voit des moines remplacer des clercs dans un certain nombre de collégiales.

Et Dereine conclut en disant : « on peut affirmer l’importance de l’ordre canonial représenté à la fin du XIème siècle au diocèse de Liège par une cinquantraine de communautés groupant de 700 à 800 membres. Pour des motifs d’ordre économique et religieux, les évêques veillent à leur développement et à leur bien-être. Nombreux sont les problèmes que suscitent la coexistence du monachisme vivant et d’un ordre canonial fortement installé dans le diocèse de Liege. »

À cette époque, d’autres évêchés débattent quant à savoir si le clergé régulier doit l’emporter sur le clergé séculier. Il est d’ailleurs des diocèses où des chanoines embrassent volontiers l’état monastique. L’évêque de Worms, ami de Baldric, avait pu constater les inconvénients de cette situation dans son propre diocèse. Il souhaitait donc une juste répartition entre les deux états, et pour cela demandait à l’évêque de tenir les abbayes sous sa dépendance, et aux abbés des abbayes de se soumettre au pouvoir épiscopal.

Mais à Liège, la situation est à l’inverse de celle de Worms. Et pour cettte raison,  Baldric, jugeant suffisant les huit collégiales construites, décide l’érection d’un monastère bénédictin plutôt que d’une collégiale. 

Sur l’île, deux apôtres étaient déjà invoqués, l’un à Saint Paul, l’autre à Saint Jean. La nouvelle église sera donc dédiée à un troisième apôtre : Saint Jacques le Mineur.

Pour construire ce monastère, dans l’entourage de l’évêque certains proposent le faubourg d’Amercoeur, endroit éloigné du tumulte du centre et propice à la paix et au recueillement des moines. Mais l’endroit, dont le niveau du sol est bas, est malsain et ravagé régulièrement par les eaux.

Le quartier de la ville de Liège, que l’on appellera plus tard quartier de l’île, n’était au départ qu’une forêt entrecoupée de marécages formés par les crues des eaux de la Meuse. Notger, en faisant creuser un canal le long de la ville, régularisa ainsi le cours d’eau tout en donnant décharge aux eaux marécageuses.

Baldric choisit donc le quartier de l’île, endroit boisé et inculte à cette époque, et, dit-on, encore peuplé de bêtes sauvages. C’était un faubourg où n’existait encore que la Collégiale St Paul, celle de St Jean avec St Adalbert, le tout entouré d’une agglomération relativement restreinte.

Il existe une autre version des motifs qui poussèrent Baldric à édifier l’église dédiée à Saint Jacques le Mineur. Elle est évoquée dans l’étude du chartrier de l’abbaye St Jacques faite par Jacques Stiennon. La vita Balderici avancerait comme motif le fait que, comme l’intention du Prince-Evêque était de continuer l’édification de l’abbaye de St Laurent, Jean lui aurait fait remarquer qu’au lieu d’achever l’œuvre d’un autre, il serait préférable d’attacher son nom à la construction d’une abbaye dédiée à St Jacques.

Une triple préoccupation, nous dit encore Jacques Stiennon, plaidait également, aux yeux de Baldric,  pour ce choix à la pointe de l’île.

Politiquement parlant, la proximité de l’île permettait à l’évêque une surveillance aisée sur le monastère. Une prompte intervention éventuelle était facilitée  tout en garantissant aux moines la solitude désirable.

Stratégiquement, le domaine étant établi en bordure de Meuse, et dont la sécurité était  assurée par une enceinte fortifiée, constituait une première ligne de défense, contribuant en même temps à la surveillance du fleuve. Les tours de l’église pouvaient aussi servir soit de postes fortifiés, soit de points d’observation et l’arrivée d’un ennemi s’approchant par le fleuve pouvait être rapidement décelée. En outre, on commandait les endroits les plus propices à un débarquement.

Symboliquement, l’édifice devait recouvrir une notion de défense spirituelle de ce territoire, puisque l’île n’était protégée à ce moment que par la Meuse qui coulait au pied de l’abbaye avant que le quartier ne soit muni de murailles.

Enfin, la situation de l’abbaye assurait de précieux avantages économiques. Source de nourriture, le poisson abondait dans la Meuse  garantissant ainsi un réservoir important de ravitaillement pour les moines. Le courant rapide du fleuve, introduit dans le domaine, permettait d’irriguer les jardins et les vergers et servait à actionner un moulin pouvant servir à moudre le grain.

Les assises de l’église, placée sous le vocable de Saint Jacques le Mineur,  furent posée le 25 avril 1016. Cette date, nous dit Gobert,  est celle que donnent les « Annales du moine de St -Jacques » dont l’original est conservé à l’Université de Liege. C’est la même date que l’on trouve chez Martène et Durand.

Baldric II entame la construction de l’édifice par la crypte,  déjà terminée en septembre, et qu’il dédia à St André le 7 septembre. L’empereur Henri II avait fait don à Baldric des reliques de ce saint. Cette crypte enfile trois nefs de quatre travées identiques de 2,20 mètres de côté environ. Elle disposait de deux entrées vis-à-vis sur les côtés nord et sud. Coiffé de voûtes d’arêtes, le volume devait culminer à environ 4,50 mètres.

Baldric dota le monastère de biens provenant de son propre patrimoine ainsi que des largesses de la comtesse Lutgarde. Son parent, le comte Arnoul de Valenciennes, lègue ses biens à l’église de Liege.

L’Evêque annexe à la fondation de l’abbaye, le terrain qui l’environnait. Ce terrain était un alleu qui avait pour nom le Bois ou La Forêt. Le nom de Vertbois provient du nom dont on l’appelait donc complété de la désignatioin qui en est faite dans la donation de l’empereur à l’église de Liege : nobilem sylvam.  Il y est dit aussi que ce bois était le plus beau de tous les bois du voisinage. Les agréments de ce bois toujours vert ont donc contribués à la coutume de désigner ainsi cet endroit.

Baldric, en fondant le monastère, constitua son propre frère Gislebert, comte de Looz, voué de la juridiction de l’alleu du Vert-Bois. En vertu de cette désignation, le comte Gislebert était tenu de se rendre trois fois l’an dans sa juridiction pour y tenir les plaids généraux.

Le monastère était directement soumis au Saint Siège.

L’abbé de St-Jacques portait les insignes épiscopaux, la mitre, l’anneau, etc., en vertu d’une faveur accordée par Innocent IV le 9 octobre 1246.  Cette faveur permettait à ces abbés de remplir certaines fonctions épiscopales quand l’évêque ne résidait pas à Liege. Le territoire de l’abbaye en était par cela rendu neutre et inviolable, ce qui explique le rôle qu’elle a pu jouer durant toute son existence.

Baldric II étant décédé en juillet 1018, ce n’est pas sous son règne que l’église fut achevée. La construction, qui avait été arrêtée au décès de l’évêque,  fut continuée par Wolbodon, grâce à une généreuse donation faite par  l’empereur Henri II, qui séjourna à l’abbaye en 1019. C’est le même Empereur qui commanda à l’évêque Wolbodon de nommer un abbé : Olbert de Gembloux.  Ne se croyant pas capable de diriger les deux monastères, Olbert opposa quelque résistance mais devant l’insistance de Wolbodon, il finit par accepter. 

Et ce n’est qu’en l’année 1030, le 24 août, que  l’évêque Réginard  en fit la dédicace solennelle.

L’église mesurait à cette époque 60 mètres de long sur 20 de large. De style roman, assez semblable à la collégiale St Barthélemy, l’église se composait de trois nefs avec chœur surélevé. Intérieurement, le monument avait été décoré par le peintre Jean dont nous avons parlé plus haut.

La construction des cloîtres avait été terminée seulement en 1052. Dès le début, le monastère abritait 25 moines.

En 1056 le moine Robert, futur abbé, accompagné de pélerins liégeois,  ramena de Compostelle la relique de St Jacques que l’on peut voir dans le reliquaire. Cette relique fut retrouvée en 1876, après la Révolution Française, par Mgr Schoolmeesters, dans la sacristie avec les pièces probantes.

Ce n’est que vers l’an 1170 que l’abbé Drogon couronne le monument de son clocher octogonal. Autre particularité, le clocher était encadré de deux tours jumelles. Ces tours subirent de nombreux dégats, la foudre étant tombée sur l’une des deux en 1392. En 1651, un autre ouragan en détruisit complètement l’une des deux. Les religieux préférèrent alors démonter la seconde plutôt que de réédifier celle qui était démolie et leur substituèrent ce mur en brique que l’on peut encore apercevoir.

L’abbaye possédait en grande partie le quartier de Saint-Jacques. Son domaine se prolongeait derrière l’église jusqu’à la Meuse dont le Boulevard Piercot a pris la place et allait de la rue de l’évêché au Boulevard d’Avroy. Le domaine avait été entourré de murs de toutes parts.

Documents consultés :

Bouille Théodore, Histoire de la ville et du pays de Liege

Balderic II : sur le net

Brunengeruz : sur le net

Ruhl Gustave : l’Eglise Saint-Jacques à Liege

Schoolmeesters Emile, Origine de Saint-Jacques, conférence faite en 1890

Le même dans Léodium : le tombeau de l’évêque Jean

Kurth Godefroid : Le peintre Jean, Bulletin de l’Institut Archéologique liegeois

Stiennon Jacques : Etude sur le chartrier et le domaine de l’Abbaye de Saint-Jacques de Liege

Gobert Théodore : Liège à travers les âges. Les rues de Liege.

Daris : Notices historiques sur les églises de Liege – 1885

Le même : Histoire du Diocèse et de la principauté de Liege

Id : Bulletin de la société d’Art et d’Histoire du Diocèse T. II

Lebrun André dans Léodium t. 59/1972 – Abbaye St Jacques

Renier J S – Sté libre d’émulation – Inventaire des ornements – 1883

Lethé Jean-Nicolas – Le Vieux Liege – t.14 n° 300

Le Vieux Liège : Tome  n° 147 / 1964

Ch. Dereine in Annales de la Société Archéologique de Namur : Tome 45,  1949/1950 – Clercs et moines au diocèse de Liège.

Charles Lays – Etude critique sur la Vita Balderici Episcopi Leodiensis – 1948 – Biblioth. Faculté de Philosophie et Lettres Ulg – Fascicule CX

Document en PDF: Fondation_de_St_Jacques_le_Mineur

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10 mars 2013

LE TOMBEAU DE L'ÉVÊQUE JEAN DANS L'ÉGLISE DE SAINT-JACQUES, A LIÉGE

LE TOMBEAU DE L'ÉVÊQUE JEAN  DANS L'ÉGLISE DE SAINT-JACQUES, A LIÉGE

témoignage du doyen Schoolmeesters dans Léodium – T 6 - 1907

En 1250, son tombeau surmonté d'une épitaphe, était placé, au témoignage de Gilles d'Orval, dans la nef de gauche, près de l'autel de Saint-Lambert.

Lorsqu'au XVIe siècle l'église romane se fut écroulée et qu'un nouveau temple eut été édifié, l'abbé Jean de Coronmeuse eut soin de donner une place d'honneur à l'évêque du XIe siècle. Il fit faire un mausolée représentant un évêque crossé et mitré, couché sur un sarcophage et le fit placer dans l'embrasure de la première travée latérale du choeur, dans la chapelle qui est dédiée aujourd'hui à Notre-Dame de Saint-Remy.

 Quand nous arrivâmes à Saint-Jacques en 1876, le soubassement avec ses arcatures était encore debout, mais la statue avait disparu. Nous la retrouvâmes dans les combles, au-dessus de la sacristie. Elle était fort abîmée comme elle avait été exécutée en pierre de sable, elle avait beaucoup souffert des modifications qu'une main inintelligente avait fait subir au beau chœur de Saint-Jacques.

Il eût été impossible de rétablir le monument dans l'état fruste dans lequel il se trouvait. Il a donc fallu le refaire à neuf, mais l'architecte M. Lenertz, a pris soin de ne rien innover. Il a fait mouler toutes les parties anciennes et s'est inspiré de toutes les données que lui fournissaient les débris conservés.

Le nouveau monument de l'évêque Jean a été placé dans la chapelle de Saint-Roch, adossé au mur extérieur, sous la fenêtre du milieu. C'est un sculpteur Louvaniste, M. Roemaet, qui a exécuté ce travail, sous la surveillance continue de l'architecte. Nous osons dire qu'ils ont parfaitement réussi.

Le doyen termine son témoignage par ces quelques lignes :

Comme cette épitaphe ne mentionne ni le jour, ni l'année du décès, comme elle ne renferme aucun éloge, comme elle respire des sentiments de profonde humilité, nous nous plaisons à croire qu'elle a été rédigée par l'évêque Jean lui-même, en souvenir de l'hospitalité qu'il avait reçue à Liège. En tout cas, elle constitue un témoignage historique indépendant de la Vita Balderici. Les faits qu'elle énonce ne peuvent plus être sérieusement contestés. Jean est un évêque italien, chassé de son siège, il a trouvé un refuge à Liége; il a conseillé à Baldric de construire un temple en l'honneur de Saint-Jacques.

Sur ces faits, ni le rédacteur de l'épitaphe, ni l'auteur de la Vita Balderici (1053) n'ont pas pu se tromper; le souvenir de cet évêque devait encore être bien vivace en 1053, puisque le premier abbé de Saint-Jacques, Olbert, qui avait accueilli l'exilé, venait seulement de mourir (14 juillet 1048) (C’est précisément ce que Godefroid Kurth semble réfuter.)

Les récits des anciens rapportent que le corps de Jean a été glorifié par des miracles, qu'il a été transféré trois fois, et qu'il a obtenu ici un tombeau.

Cette tombe, après l'avoir perdue, il l'a retrouvée; les ossements de l'évêque ont été replacés dans le nouveau mausolée le 20 décembre 1906. Puissent-ils y reposer en paix.

Accordons la conclusion à Théodore Gobert, historien et contemporain de Godefroid Kurth.

L’église St-Jacques avait été décorée par un artiste italien, le peintre Jean, surnommé Jean le Conseiller, personnage dont Godefroid Kurth a déterminé scientifiquement le vrai rôle. en élaguant tout ce qui tient de la légende.

Si l'on peut mettre endoute le caractère épiscopal lui attribué, force est de lui reconnaïtre sa qualité de prêtre

Jean le Conseiller a été inhumé en l’Eglise Saint-Jacques. Gilles d’Orval en a transmis l’épitaphe. Lors de la reconstruction de l’église au XVIe siècle, les ossements de ce pieux artiste ont été placés dans un mausolée sous la première arcade latérale du chœur. La base de ce monument subsista longtemps dans la chapelle de Notre Dame de Consolation. Quant à la statue représentant le personnage sur le sarcophage, elle était très endommagée. On la relégua dans les combles jusqu’à ce qu’elle eut été extraite au XXe siècle, reconstituée et déposée au Musée diocésain. Un nouveau mausolée, dressé d’après celui du XVIe siècle a été inauguré à la mémoire du vénéré étranger, en la chapelle St-Roch, le 22 décembre 1906. On trouve dans le mémoire de Delsaux, page 8, des détails circonstanciés sur la découverte  des ossements de Jean le Conseiller en 1839.

Document en pdfLE_TOMBEAU_DE_L

 

28 février 2013

L’ancienne abbaye de Saint-Jacques le Mineur

Historique

 L'abbaye bénédictine de Saint-Jacques le Mineur à Liëge, est fondée en 1016 , par le prince-évéque Baldric II (1008  - 1018) en expiation du sang répandu lors de la bataille de Hoegaerden, en 1013, opposant la milice liégeoise aux Brabançons. Le lieu choisi à la pointe méridionale de l’île, en dehors des murs de la cité, est propice à la construction depuis les aménagements du fleuve apportés par Notger dès le dèbut du XIe siècle.

Les . premiers moines viennent de Gembloux sous la direction de l'abbé Olbert. Dès le dëbut, l'école monastique devient célèbre et l'abbaye florissante.

Les moines fondent le monastère de Lubin en  Pologne, ainsi que le prieuré de  Saint Léonard dans la quartier nord de Liège.

En 1056; un moine de Saint-Jacques rapporte de Compostelle une relique de Saint Jacques le Majeur.

À partir du XIVe siècle, c'est à Saint-Jacques que sont conservés les chartes de liberté et diplômes de la cité.

Après avoir prêté serment à l'hôtel de ville, les deux bourgmestres -élus par les métiers - viennent le 24 ;juillet, veille de la féte de Saint Jacques le Majeur, â l'église de l’abbayepour remercier Dieu et le prier de les guider dans leur administration.

Après le sac de Liège par Charles le Téméraire en 1468, on y signe en 1487 la Paix de Saint-Jacques codifiant les lois et règlements du Pays de Liège.

 En 1513, la voûte du sanctuaire de l'église romane primitive s'écroule.

 Ainsi, après une première phase de construction commencée en 1418 et interrompue en 1421, les travaux de reconstruction de l'église gothique actuelle reprennent dès 1514 sous l'abbatiat de Jean de Coronmeuse (1506 - 1525) et s'achèvent en 1538.

La voûte et ses peintures sont de la même époque, ainsi que les vitraux du chœur datés de 1525 à 1531.

En 1558, Lambert Lombard y ajoute un portail en style Renaisssance.

De l'èglise primitive, seul l'avant-corps roman avec une de ses trois tours a été conservé.

 Au XVIIIe siècle, l'abbaye tombe en décadence  et les moines demandent leur. sécularisation qu'ils obtiennent en 1785. L'église abbatiale devient collégiale - la huitième de Liège - et les moines des chanoines. Les livres et manuscrltsqui composent la très riche bibliothèque, sont vendus en 1788.

 En 1797, après la suppression du chapitre, les bâtiments sont  sauvés de la démolition  à l'interventiori de Desmousseaux, préfet du département de l' Ourthe dont Liège faisait partie.

En 1803, l’église est rendue au culte et devient paroissiale.

 Elle a été restaurée une première fois au XIXe siècle. La seconde restauration  importante a eu lieu  entre 1972 et 1975, et des fouilles archéologiques ont permis de retrouver les vestiges de la crypte et les fondations de l'église romane.

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25 février 2013

Saint Henri II

L’empereur Otton III décède à Rome sans héritier direct en janvier 1002. Son cousin, Henri, né en 973 et duc de Bavière depuis 995, s’empare des insignes du pouvoir pour faire face à toute opposition à sa succession. Il se fait ensuite élire roi de Germanie à Mayence le 7 juin 1002 et est couronné à Aix-la-Chapelle le 8 septembre 1002 malgré la contestation de ses puissants rivaux, grâce à l’appui de l’archevêque de Mayence Willigis. Son épouse Cunégonde, fille du comte de Luxembourg,qui avait fait vœu de chasteté, est associée à son gouvernement.

Alors qu’Otton III était surtout attiré par la fonction impériale, Henri II s’intéresse au royaume de Germanie plus qu’à l’Italie et à l’Empire. Mais même là, il est difficile d’imposer sa volonté. Il est confronté au soulèvement des seigneurs lorrains dont il ne peut venir à bout et doit abandonner ses prétentions sur les comtés de Flandre et de Hollande.Mais surtout il doit faire simultanément face aux attaques répétées du duc de Pologne Boleslaw Chobry sur la frontière est de l’Empire. Il s’ensuit une guerre longue de 15 ans qui oppose les deux royaumes (1003 – 1018) et dont la Paix de Bautzen (1018) consacre le demi-échec : le duc de Pologne conserve les territoires conquis mais devient vassal de l’empereur pour ceux-ci.

Une révolte en Italie du Nord l’oblige à intervenir entretemps à Pavie où il se fait couronner roi d’Italie en 1004.

En 1013, il y retourne pour mettre fin aux luttes qui opposent les partisans de deux familles romaines qui se disputent la fonction papale. Henri II tranche rapidement en faveur de Benoît VIII, le candidat qui, à ses yeux, fait montre de réelles capacités à exercer cette fonction et qui désire réformer l’Eglise. Mais le nouveau pape a été élu irrégulièrement. C’est donc avec l’aide de son armée que le roi d’Italie fait respecter son choix. Il est sacré empereur à Rome par un Benoît VIII reconnaissant qui lui offre un globe surmonté d’une croix, symbole de son pouvoir universel.

En 1016, Benoît VIII qui a appuyé la révolte des Italiens du sud contre les Byzantins et les Sarrasins, accepte l’aide proposée par les chevaliers normands qui sont cependant vaincus à Cannes. Alors, en 1020, le pape menacé par les Byzantins vient à Bamberg demander le secours de l’Empereur. Il en profite pour consacrer la cathédrale du nouvel archevêché que l’empereur y a créé en 1007. A la tête d’une puissante armée, l’empereur descend restaurer son autorité sur le sud de l’Italie, mais revient tout aussi rapidement vers la Germanie.

De fait, il s’intéresse surtout à la réforme de l’Eglise, pilier du pouvoir impérial. Il y travaille de concert avec le pape. Au synode de Pavie, des mesures sévères sont prises contre le pillage des biens de l’Eglise et contre le mariage des prêtres. Il tient à les mettre également en œuvre dans le royaume de Germanie où il se consacre au renforcement de l’Eglise impériale dont il met les biens et les hommes au service de l’Empire. Conformément à la tradition carolingienne et ottonienne, il considère que l’empereur a le droit d’intervenir dans la gestion de l’Eglise (choisir les évêques et leur conférer le pouvoir temporel et spirituel) et de disposer de ses biens selon les nécessités. Il impose aux monastères la réforme lotharingienne proche de l’esprit de Cluny mais plus compatible avec le concept d’Eglise impériale. Il veille à nommer des hommes de confiance et capables à la tête des évêchés et des monastères royaux. Ainsi, il fait élire son fidèle chapelain Baldéric II évêque de Liège. Dans son diocèse, celui-ci doit veiller à maintenir un équilibre entre le clergé régulier et le clergé séculier. Puisque ce dernier a déjà largement bénéficié des largesses de ses prédécesseurs, Baldéric décide de faire construire l’abbaye bénédictine de Saint - Jacques qui sera soumise étroitement au pouvoir épiscopal, mais il meurt en 1018. En 1020, l’empereur Henri II se rend à Liège, et après s’être recueilli dans la nouvelle crypte où est enterré son fidèle Baldéric, il fait une importante donation à l’église et convainct le nouvel évêque Wolbodon, lui aussi ancien chapelain impérial, de poursuivre les travaux et de choisir le nouvel abbé. Ce sera Olbert,collaborateur de Burchard de Worms qui vient d’imposer à ses moines de Gembloux la réforme de Richard de Saint-Vanne à Verdun : pour lutter contre le laisser-aller l’oisiveté des moines il insiste davantage sur l’étude des lettres profanes et sacrées, sur le travail de copie et sur la constitution d’une bibliothèque.

Henri II soutient les évêques contre le clergé régulier et veille à renforcer leur pouvoir temporel en leur confiant en fief de riches territoires stratégiquement importants. En imposant aux prêtres le célibat, il empêche que les dons de terres ne soient dispersés entre d’éventuels héritiers et garantit au pouvoir impérial des évêques fidèles, capables de contrer les politiques des familles aristocratiques trop ambitieuses.

Dans l’espoir de mettre en œuvre toutes ces réformes à un échelon universel, il rencontre le roi de France Robert II le Pieux à Yvois, en Lorraine pour conclure une alliance « sur le salut de la chrétienté décadente » et peu avant sa mort, il prépare avec le pape un concile dont l’objectif est la mise en œuvre pratique de toutes ces réformes.

Henri II meurt subitement sans héritier à Göttingen le 13 juillet 1024 quelques semaines après le pape Benoît VIII.

L’empereur Henri II s’est avéré être, un politicien avisé, habile organisateur du pouvoir royal conscient de ses prérogatives et de ses devoirs, mais pieux, respectueux des intérêts de l’Eglise et modéré. Son idée d’une réforme qui renforce l’Eglise a certainement contribué à sa canonisation en 1146 sous le règne de Conrad III Hohenstaufen

 

Michel Godinas

  

H. BOGDAN, Histoire de l’Allemagne de la Germanie à nos jours, La Flèche,2003

J.-L. KUPPER, Liège et l’Eglise impériale XIe – XIIe siècles, Paris, 1981

J. STIENNON, L’abbaye bénédictine de Saint-Jacques de Liège, in Liège autour de l’an Mil, Liège, 2000

Document en PDF: Saint_Henri_II

25 février 2013

Le sculpteur Daniel Mauch (Ulm 1477-Liège 1540) et la décoration intérieure de l’église Saint-Jacques.

Le maître sculpteur d’Ulm (1502-1529).

Né en 1477 dans la ville impériale d’Ulm sur le Danube, Daniel Mauch y exerce durant 25 ans la profession de maître sculpteur.

La région d’Ulm conserve de l’artiste plusieurs retables en bois, sculptés dans le style réaliste et anecdotique qui caractérise le gothique finissant. Ces oeuvres témoignent d’une profonde maîtrise de l’art du portrait, de l’anatomie des figures et de leur mise en scène complexe mais parfaitement structurée ; l’artiste a le souci du détail : chevelures, barbes et costumes présentent un grand raffinement. L’intérêt de Mauch pour la Renaissance apparaît dans la décoration secondaire où il introduit discrètement putti, cornes d’abondance, colonnes à l’antique…

Après 1520, son style s’épure : il abandonne le traitement du vêtement en grands plis complexes, cassés en « épingle à cheveux », pour un drapé en longs plis parallèles « à l’antique » cernant de plus larges surfaces qui mettent davantage en évidence le volume des corps ; ses compositions tendent vers plus de clarté. Son travail se ressent de l’influence des courants nouveaux représentés par Lucas Cranach et les artistes italiens de la Renaissance qu’il appréhende vraisemblablement à travers les recueils de gravures mais son interprétation reste très personnelle.

Sa carrière est bousculée par la crise religieuse qui secoue l’empire depuis 1517 et engendre troubles sociaux et politiques, un climat peu propice aux commandes artistiques, d’autant que le culte des images est remis en question par les mouvements réformés. À partir de 1524, le Luthéranisme s’implante progressivement à Ulm et, en novembre 1530, à la suite d’un référendum où 87% de la population se déclare favorable, la ville passe du côté luthérien ; l’année suivante, les images sont retirées des lieux de culte.

Daniel Mauch n’avait pas attendu ; en juin 1529 il avait demandé et obtenu des autorités urbaines l’autorisation de quitter durant 5 ans sa ville natale, pour raisons professionnelles. On peut donc supposer qu’à cette date, il est pressenti pour le chantier de l’église Saint-Jacques. Comment a-t-il obtenu ce contrat dans une lointaine ville du Nord, lui qui ne semble jamais s’être éloigné d’Ulm ? Deux hypothèses sont avancées : un éventuel contact avec Erard de la Marck, lors d’un voyage de celui-ci dans la région d’Augsbourg mais, plus vraisemblablement, le réseau de relations de son fils Daniel (1504-1567), ancien étudiant de l’université de Cologne, avec les milieux intellectuels humanistes et de hauts dignitaires ecclésiastiques comme l’envoyé du pape Lorenzo Campegii et le futur prince-évêque de Liège Georges d’Autriche.

Le séjour liégeois (1530-1540).

Lorsque le sculpteur Daniel Mauch arrive sur le chantier de construction de l’église Saint-Jacques, seuls le chœur et le transept sont érigés et l’abbé Jean de Coronmeuse, l’initiateur du projet, est décédé depuis 4 ans. Son successeur, Nicolas Balis (1525-1555) est occupé à la construction des nefs.

Pour le sculpteur immigré, le défi est de taille d’autant qu’on ne lui connaît aucune œuvre sculptée sur pierre avant son arrivée à Liège. Les archives sont muettes quant au rôle exact de l’artiste sur le chantier de Saint-Jacques. Est-il le maître d’œuvre ? Le concepteur des modèles ? Un artisan parmi d’autres ? D’autres sculpteurs ulmois l’ont-ils suivi en exil ?

L’abondante décoration intérieure de la nouvelle église ne peut être que l’œuvre d’une équipe de sculpteurs. Si l’ensemble est harmonieux, à l’examen, au moins deux tendances stylistiques se retrouvent dans la conception des figures. A rapprocher des portraits en relief des clefs de voûte de la grande nef, les figures d’apôtres trapues et stylisées de l’ancien jubé de 1538 (aujourd’hui sous la tribune d’orgue) contrastent avec le réalisme et les détails minutieux des bustes-consoles des nefs latérales et des têtes sculptées de la grande nef. Les historiennes de l’art Suzanne Wagini et Eva Leistenschneider sont enclines à attribuer l’ensemble de la décoration de Saint-Jacques au seul Daniel Mauch sous prétexte que le style des apôtres marque l’aboutissement de la démarche de l’artiste perceptible après 1520. Mais la facture des œuvres sur bois réalisées durant la période liégeoises, comme la Vierge de Berselius, apparaît tellement différente qu’il est difficile d’admettre que le même homme saute, dans le même laps de temps, d’un style à l’autre. Avec Martin Hirsch (2009), nous attribuerons prudemment à Daniel Mauch les œuvres qui évoquent nettement le style de sa production ulmoise :

Dans la nef principale : dans les écoinçons des arcades les têtes en relief de 24 personnages bibliques qui se présentent comme autant de portraits différents.

Le buste d’Isaïe ornant la base de l’ambon du jubé de 1538 (actuellement placé sous l’orgue), le bas-relief illustrant le massacre desinnocents (console du buste d’Isaïe) et peut-être le décor de putti.

Dans la nef latérale Sud : les bustes de personnages bibliques, pré-figures du Christ et peut-être le décor des chapiteaux et des consoles qu’ils supportent et dans lesquelles ils s’imbriquent. C’est-à-dire, à partir du fond : Jonas, le prophète Zacharie, Samson, le prêtre Aaron. Dans la nef latérale Nord, les bustes du prophète Isaïe, de Jean-Baptiste et de son père Zacharie seraient, selon Martin Hirsch, l’œuvre d’un autre artiste travaillant à partir d’un modèle de Mauch (Martin Hirsch).

Les autres œuvres de la période liégeoise.

À côté de la sculpture sur pierre de l’église Saint-Jacques, Daniel Mauch pratique son matériau de prédilection : le bois. Les statues en pendentif de la voûte sont-elles de sa main ? On conserve de lui plusieurs madones dont la célèbre Vierge à l’enfant qu’il sculpte pour le moine bénédictin de Saint-Laurent Pascal de Bierset dit Berselius (entre 1530 et 1535). Les figures des déesses antiques, de Lucrèce ou d’Adam et Eve lui donnent prétexte à réaliser, selon un canon de proportions qui lui est propre, de superbes nus qui témoignent de sa maîtrise technique.

Daniel Mauch meurt en 1540, quelques mois après son épouse. Ils seront enterrés dans l’encloître de l’abbaye. Rédigée par leur fils, leur épitaphe peut se traduire librement: « Aux époux Daniel Mauch et Rosa Stockerin. Chassés par les hérétiques du foyer paternel, et, après avoir, dans un exil volontaire, séjourné dans cette ville des Eburons, l’un et l’autre, à quatre mois d’intervalle, ont émigré vers une autre patrie. Leur fils unique Daniel, accablé de chagrin, a posé cette épitaphe en l’honneur des meilleurs et des plus doux des parents. Daniel a vécu 63 ans, Rosa 57. Ils furent unis par le mariage durant 37 ans. Elle est morte le 1er juillet et lui le 16 décembre de l’année 1540 ».

Le bas de la pierre tombale sert aujourd’hui de marche à l’escalier de la tour !

Anne Godinas

 

Principaux ouvrages concernant le sculpteur Daniel Mauch :

-Martin HIRSCH, Ein neuer Myron. Daniel Mauch in Lüttich, dans Daniel Mauch, Bildhauer im Zeialter der Reformation, Ulm, 2009, p.76-85.

-Eva LEISTENSCHNEIDER, Zeitenwende : Leben und Werk Daniel Mauchs, dans Daniel Mauch, Bildhauer im Zeitalter der Reformation, Ulm, 2009, p.14-27.

-Susanne WAGINI, Der ulmer Bildschnitzer Daniel Mauch (1477-1540), Ulm, 1995.

Document en PDF: Daniel_Mauch

25 février 2013

L'Abbé Drogon (1155-1173)

L’abbé Drogon - originaire de Tinlot, dépendance de Soheit (dans le Condroz) -s’inscrit dans la lignée des grands abbés de St-Jacques des XIe siècle,Olbert de Gembloux et Etienne II ‘le Grand’. Pourtant, lorsqu’il arrive à la tête du monastère, en 1155, celui-ci n’est pas en bonne santé financière.

Quatre ans plus tôt, soit en 1151, le Prince-Evêque Henri de Leez a tenté d’y remédier en plaçant sous la dépendance de l’abbaye l’église paroissiale de Ste-Marie-Madeleine, laquelle s’élève non loin des bâtiments claustraux. Fondée par un certain Anelin au 12e siècle, cette égliseétait située approximativement à l’angle des actuelles rues du Vertbois et des Prémontrés. Après 1478, perdant de son importance, elle fusionnera avec l’église St-Nicolas-au-Trez (qui signifie ‘passage d’eau’).

Malgré cet état de gêne financière dans lequel se trouve l’abbaye au moment où il en prend la tête, Drogonva laisser le souvenir d’un excellent administrateur comme l’abbaye n’en a plus connu depuis Olbert, le père fondateur (1021-1048) et Etienne le Grand (1095-1112). A l’exemple de ce dernier, il renouvelle la confraternité de prières entre St-Jacques et Cluny. Cependant, à l’inverse, le domaine de St-Jacques ne va plus connaître d’accroissement notoire. C’est surtout à l’embellissement de l’abbaye et au perfectionnement du fundus claustral (cloître) que Drogon consacre tous ses efforts.

Peu à peu, l’annexion de l’église Ste-Marie-Madeleine va porter quelques fruits, qui vont être réinvestis.

Drogonachève la construction du narthex - ou Westbau - de l’église abbatiale, réalisé en grès houiller local et probablement enduit vu l’absence de taille ; il le couronne d’un campanile (qui subsiste encore aujourd’hui), le fait couvrir de feuilles de plomb et le flanque de deux tours. C’est une nouveauté du 12e siècle : auparavant, le Westbau était indépendant du reste de l’église (comme à St-Servais de Maastricht). A l’intérieur de l’église, il fait ériger le cancel (balustrade qui ferme le chœur), véritable chef-d’œuvre de l’art mosan-rhénan, dont quelques fragments sont actuellement conservés au Musée de l’Art Religieux et de l’Art Mosan (aujourd’hui incorporé au ‘Grand Curtius). Réalisé en pierre provenant de carrières de la Meuse, il comporte une frise supportée par des colonnettes (hauteur totale : 1,70 m). La frise est profilée en quarts de rond, décorés de rinceaux à feuillagesvariés auxquels sont entremêlés des oiseaux picorant affrontés, divers animaux et des hommes taillant les ceps de vigne ; les colonnes monolithes sont surmontées de chapiteaux à corbeille, de type classique mosan (ou corinthien trapu), corbeille ornée de palmettes dressées, déchiquetées.

En outre, Drogon va assurer à toute sa communauté un ravitaillement immédiat en irriguant le verger et le potager situés dans les encloîtres de l’abbaye. Dans ce but, il fait creuser un canal par lequel est détournéeune partie du cours de la Meuse.Débutant à l’angle des actuels boulevards d’Avroy et Piercot, sous un arveau dénommé ‘Trou St-Jacques’, le canal traverse les bâtiments claustraux (où se sont très probablement installés les services de l’abbaye), irrigue le verger, puis rejoint le Meuse à hauteur de la rue de l’Evêché actuelle. 

Au XIXe siècle, le coup d’eau de l’abbé Drogon passait encore sous les maisons de l’actuelle place Emile Dupont.

Quand on assiste aux travaux d’aménagement entrepris par l’abbé au monastère, on doit voir l’application rigoureuse du chapitre 66 de la Règle de St Benoît qui recommande à toute abbaye de se suffire à elle-même en groupant à l’intérieur des encloîtres un moulin, un jardin, des ateliers pour les divers métiers.

Benoît de Nursie, qui avait fondé une communauté religieuse vers 529, sur le Mont Cassin en Italie, écrivit une Règlequi va être adoptée, au cours des siècles, par un nombre croissant de monastères et qui porte son nom. Le modèle de la vie monastique, selon Benoît, est la famille dont l’abbé est le père et où tous les religieux sont frères. La Règle organise la vie des moines à travers trois activités principales. Ce sont : d’abord, la prière commune, qui s’exprime surtout dans l’Eucharistie et l’Office Divin (ou Liturgie des Heures, en fonction de laquelle la journée est organisée) ; ensuite la lecture de l’Ecriture Sainte ou d’auteurs spirituels ; enfin le travail manuel : « c’est alors qu’ils seront vraiment moines lorsqu’ils vivront dutravail de leursmains à l’exemple de nos pères et des apôtres ». Benoît recommande de l’organiser de façon telle qu’il n’oblige pas les frères à sortir de la clôture du monastère.

C’est en réalisant ce programme point par point que l’abbé Drogon s’est montré un excellent administrateur, digne de ses deux grands prédécesseurs.

Il est évident que tous ces travaux supposaient des ressources pécuniaires et l’on peut croire que l’abbaye les devait à la vente d’un alleu ainsi qu’aux profits qu’elle commençait à retirer de l’église paroissiale de Ste-Marie-Madeleine ; sans doute, également, la communauté monastique recevait-elle des donations en espèces faites par les fidèles.

Cependant, soucieux d’éviter à la communauté de revivre les ennuis financiers du passé, l’abbé Drogon comprend qu’il est inutile et dangereux de vouloir reprendre l’expansion du domaine et que la tâche la plus urgente consiste à garantir un apport immédiat en cas de besoin.

Toutefois, si l’agrandissement du domaine n’est plus à l’ordre du jour, Drogon ne va pas laisser dormir les petites réserves dans les coffres, mais doucement les faire fructifier. Il est, en somme, l’illustration vivante de la parabole des trois deniers : comme le serviteur intelligent qui reçut de son maître la récompense de sa sage hardiesse, l’abbé Drogon aura la joie de voir, à la fin de son abbatiat, le numéraire de la communauté sensiblement grossi. Il décède en 1173.

Sources bibliographiques

U. BERLIERE. Monasticon Belge ; tome II Province de Liège ; fascicule 1-2 Abbaye bénédictine de St-Jacques. Desclée de Brouwer, Bruges et Liège, 1928-29 ; réédité et complété par le Centre National de Recherche d’Histoire Religieuse, Liège, 1955, pp. 5-31.

J. STIENNON.Etude sur le Chartrier et le Domaine de l’Abbaye de St-Jacques de Liège (1015-1209). Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège et publié par la Société d’édition « Les Belles Lettres », Paris, 1951.

VAN HEULE. In :Chronique archéologique du Pays de Liège, juin 1926, pp. 259-260.

document en PDF: L_abbe_drogon

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